NOUVELLES
VUE IMPRENABLE
Des bas, elle porte des bas. Pas de collants, des bas. De beaux bas noirs habillant de désir ses longues jambes fines sur lesquelles grimpent silencieuses des bottines à lacets. Quand elle croise et décroise ses jambes, malgré le bruit du train, j’entends le tissu de sa jupe gémir contre la soie. Par instant, j’aperçois le haut de ses cuisses, astre luisant qui s’abîme dans une forêt de dentelles contenant bien mal une toison abondante. Derrière le siège, penchés sur un magazine féminin, quelconque, comme tous les magazines féminins, des cheveux bruns teintés de rouge s’offrent à mon regard. Pourtant, bien vite, mes yeux fascinés basculent puis se figent à la frontière interdite de la soie, de la peau et du mont de Vénus. Le triangle magique! Le Saint-des-Saints que je contemple jusqu’à l’aveuglement. A côté de moi, intriguée par mon regard oblique qui se perd dans des rêves inavouables, une femme cherche à percevoir l’origine de cet état hypnotique. Mais, de sa place, elle ne peut surprendre ce spectacle à nul autre pareil. Seuls mes yeux peuvent emprunter la diagonale impériale qui mène au coeur de tous les trésors sacrés. Une formidable érection m’étreint. Ma voisine l’a-t-elle remarquée? En tout cas, elle se lève et nos corps se frôlent dans l’étroit couloir du TGV. Aussi furtif soit-il, cet effleurement lui donne une information sans équivoque. Elle me regarde amusée. Je baisse les yeux en rougissant et retourne à mon poste d’observation. La belle inconnue s’est assoupie, seules les secousses aléatoires du Paris-Lyon écartent furtivement les voiles de tissu qui me cachent les cuisses de la belle. Jambes écartées, elle s’abandonne au sommeil comme d’autres s’adonnent à l’amour. Ma voisine revient, nouveau frôlement. Elle ouvre un catalogue. Une collection de dessous féminin! Je perds la tête. Mon regard s’affole passant alternativement des jambes offertes de la troublante dormeuse, aux dessous affriolants des mannequins couchés sur papier glacé. N’y tenant plus, je me lève brusquement et, dans les toilettes caramboleuses du TGV, soulage d’une main tremblante la douleur qui déformait mon costume. La force vive soudain jaillit et vient tâcher mon caleçon. Maladroitement, je l’enlève, le lave et le rince avant de le glisser, tant bien que mal, dans la poche de ma veste. Une vingtaine de minutes plus tard, je regagne ma place. Elle n’est plus libre. La belle inconnue aux cheveux bruns teintés de rouge commente en riant le catalogue que ma voisine feuillette joyeusement. A mon approche, les rires redoublent. Courageusement, je prends la fuite et m’assieds en silence à la place de la délicieuse dormeuse. Ce faisant, je me rends compte que ma braguette est mal fermée. Je me reboutonne aussi discrètement et surtout aussi vite que possible. Bien évidemment, un bouton me reste dans la main. Je tente de me plonger dans l’Equipe, mais je sens son regard dévorer mon intimité. Dans son fauteuil, je le sais, elle a une vue imprenable!
Frédérique Vianlatte (2000)
LA DÉCISION
Arrêter, il avait décidé d’arrêter. Ces amis, son médecin, ses collègues lui disaient depuis des années qu’il devait renoncer à ce vice. Il mettait en danger sa vie, celle des autres et, surtout, celle de ses proches. Au début, il répondait que la vie était courte, qu’il n’y avait pas de mal à se faire un peu de bien et que tout le monde, un jour ou l’autre, devrait partir. Ou alors, que la vie nous consumait tous à petit feu et que, lui, préférait une vie peut être un peu plus brève mais, à coup sûr, plus intense. Au fur et à mesure que la pression se faisait plus forte, il était devenu plus agressif. J’en ai marre de cet ordre moral qui revient au galop. Nous sommes encore en République et, que je sache, aucune loi n’interdit ce que je fais. Il avait même commencé à se fâcher avec une partie de son entourage. Ma vie, c’est ma vie, elle m’appartient, je la mène comme je la veux. Si vous voulez vraiment mon bien, alors oubliez-moi un peu !
Puis, un soir, un vendredi, alors qu’il revenait d’un voyage d’affaire à la Havane où, toute la semaine, il avait pu gratuitement – c’était offert par son client – s’adonner à son plaisir favori. Ce qui devait arriver arriva. Sa femme l’attendait voluptueusement étendue sur le canapé. Nue, mais bottée, blottie sous un immense poncho. Dans la cheminée, le feu crépitait. Elle lui tendit un verre de whisky, sans glace. Il le but d’un trait et se jeta sur elle. Mais rien. Il ne parvint pas à bander. Son épouse, avec délicatesse, fit semblant de ne pas remarquer cette défaillance et lui susurra à l’oreille « Chéri ce soir, j’ai très envie de ta bouche sur mon sexe ». Il s’exécuta avec avidité, presque avec rage. Les cris de jouissance de sa belle ne parvinrent pas à le calmer. C’était la première fois qu’une telle chose lui arrivait. Tard dans la nuit, il se releva. Il pensait à tous ces avertissements qu’il avait lus ou entendus. Il se regarda dans la glace. Pénétra doucement dans la chambre de ses trois enfants. Resta un moment à entendre leurs respirations, puis revint dans le lit conjugal. Il écarta, délicatement, les mèches rousses de son épouse et lui déposa un baiser affectueux sur le front. Sa décision était prise.
Le lendemain, à la soirée couscous organisé par le rugby club, il but, plutôt moins que d’habitude, et dansa avec sa femme et ses enfants. Vers minuit, ces derniers étaient exténués. Il proposa à sa femme d’aller les raccompagner mais, comme d’habitude, celle-ci refusa.
-« Fais la fête avec tes potes mon amour, mais ne rentre pas malade. N’oublie pas que ton père vient demain à la maison. Ménage-toi un peu, je ne te trouve pas très en forme ces derniers temps ! ». Elle l’embrassa et disparu.
Vers deux heures, ceux qui étaient encore en état de conduire se dirigèrent par des petites routes vers la boite la plus proche. Comme d’habitude, elle était noire de monde et enfumée. Pour la première fois, il eut un haut le cœur. Ce sera dur d’arrêter ! Il vit une de ses ex. Il lui sourit et dansa quelque temps avec elle. Puis, il lui paya un verre et lui susurra quelques mots à l’oreille. Elle sourit et se leva, se dirigeant vers les toilettes pour dame. Ses potes vinrent le rejoindre et multiplièrent les allusions graveleuses. La beauté fatale repassa devant lui, agitant quelque chose dans sa main, puis repartit danser. Il sourit et paya sa bouteille. Avant de boire, il porta un toast :
-Mes amis. Je bois à ma dernière. Oui, je le jure, aujourd’hui, devant vous, c’est la dernière fois que….
-Tu payes une bouteille ?
-Que tu bois un verre ?
-Que tu dis une connerie ?
-Non arrêtez, c’est sérieux et très difficile pour moi ! J’ai trop déconné, trop mis ma vie et celle des autres en danger. C’était un plaisir, c’est devenu une drogue. Une drogue qui me tue lentement. Vous le voyez bien, je viens de moins en moins aux entraînements. J’arrive crevé au match. Je n’ai plus de souffle. A la maison … Bref, aujourd’hui, c’est la dernière. Je vais avec vous partager cette dernière fois. Une dernière fois, ôter lentement l’étui. Une dernière fois sentir entre mes mains cette tige enflammée. Une dernière fois m’emplir les poumons de cette odeur suave. Oui, ce soir, c’est la dernière fois que je tire une….
-C’est pas vrai ! T’es sérieux ? Ce soir c’est la dernière fois que…
-Oui, ne riez pas ! Je le jure sur la tête de mes enfants. Pedro, s’il te plaît…
Pedro fouilla dans sa poche, sortit un emballage cartonné et le tendit solennellement. Il le prit, se servit et rendit, très ému, le paquet. Il serra Pedro dans ses bras.
-M’en veux pas mon vieux. Je sais que c’est moins drôle tout seul mais, pour moi, c’est fini.
Il se leva et fit signe. La belle vint le rejoindre.
Ses potes se levèrent. Le verre haut, ils se tournèrent vers la salle et se mirent à chanter. Vite, à l’abri des regards, il allongea la belle, défit l’étui, enfila le préservatif, respira profondément l’odeur de la petite culotte qu’elle avait agitée tantôt et, avec ardeur, se mit à besogner.
Les chants avaient cessé, les gars s’étaient rassis. Elle était repartie aux toilettes se refaire une beauté. Le préservatif usagé trônait sur la table basse, au milieu du plateau, aux cotés d’une nouvelle bouteille de vodka. Tous le contemplaient pensivement. Personne n’arrivait à y croire. Pourtant, il tint parole. Jamais plus il ne recommença : ce soir là, il avait bel et bien tiré sa dernière blonde.
Frédérique Vianlatte (2002)
BLOW JOB
Vraiment, c’est une grande, une très grande professionnelle. Plus de mille fois, j’ai cru mourir de plaisir. Je ne suis pourtant dans sa bouche que depuis dix minutes! Elle n’est pas très belle, mais j’aime voir dans le miroir son anus auréolé.
-Combien pour la sodomie?
-Mon cul, c’est juste pour mon homme. Je suis une pipeuse, pas une sodomasseuse!
-Sa réponse me surprend, non pas son contenu, mais par son existence même. Parvenir à prononcer aussi parfaitement une phrase aussi longue sans pour autant cesser d’avaler goulûment mon chibre.
-Toi qui est la plus talentueuse des pipeuses, sais-tu comment est née cette profession?
-Non!
-Veux-tu que je te raconte?
-Le client est roi, mais je vous rappelle que, selon votre désir, l’éjaculation aura lieu dans douze minutes!
– Déjà? A oui, c’est vrai : l’opération! Tu avais réussi à me la faire oublier. Saloperie de cœur! Si ta langue ne caressait pas aussi divinement ma virilité déclinante, je crois que…Oh!, c’est fantastique! Comment fais-tu ça? J’ai l’impression que dix mille langues s’enroulent en même temps autour de ma queue. Tu sais, c’est peut-être, mes douze dernières minutes de plaisir.
–Non, il ne reste plus que onze minutes trente…
-Encore onze minutes d’intense volupté et puis il faudra que… Dieu, que j’ai peur!
-Attention, vous allez débander! Racontez-moi plutôt comment est né le métier de pipeuse.
-C’est très simple. Il y a…je ne sais plus exactement combien d’années, mais ce dont je suis sûr, c’est que cela se passait dans la première moitié du vingt et unième siècle. Une grave crise économique sévissait. Les machines tournaient jour et nuit, mais les gens ne travaillaient plus ou alors, pour certains privilégiés, à tour de rôle, deux ou trois mois par an. Plus personne, y compris l’État n’avait d’argent. Alors, le gouvernement eut l’idée de tout privatiser, postes, chemins de fer…
-C’est quoi ça?
-Tiens c’est vrai, tu es trop jeune pour avoir connu ça, mais cesse de m’interr…Oh! mon Dieu, jamais rien connu de tel! Ta bouche est un véritable feu d’artifices de perversités délicieuses, divines même. Oui, c’est ça DI VI NES!…Même l’éducation nationale fut vendue au plus offrant. Mais les étudiants n’avaient pas de quoi payer leurs études, et comme ce qu’on appelait, jadis « les petits boulots » étaient excessivement rares, très mal payés, et exclusivement réservés aux vieux à qui ont avait supprimé la retraite.
-La quoi?
-Tais-toi mon enfant! Passe ta langue sucrée sur mes boules durcies sans plus ajouter un seul mot. T’entendre me trouble. A mon âge, il suffit de peu…En résumé, il fallait que les étudiants financent des études de plus en plus chères, alors que ni eux ni leurs parents n’avaient l’occasion de gagner le moindre EURO… Oh! oui! Bouge ton cul, ton fion est une fleur qui me conduit au tombeau avec le sourire… Or, dans le même temps, mon père, qui avait la chance de travailler deux mois par an, dans un laboratoire de sexologie spécialisé dans la lutte contre le SIDA, a fait une découverte extraordinaire: le plaisir sexuel retardé augmente les capacités neuronales et diminue les problèmes de santé psychologiques, donc physiologiques des adultes: la société d’information était morte, la société du sexe allait naître. Le sexe fut immédiatement remboursé par la sécurité sociale. Alors, des milliers, puis des millions d’emplois furent créés: pipeuse, bien sûr, mais aussi enculateur, embrasseur, masturbatrice, doigteuse, carresseur et tant d’autres encore, qui forment la majorité des emplois actuels. Non seulement, les étudiants trouvèrent des jobs pour financer leurs études, mais toute la machine économique fut relancée. Grâce à la découverte extraordinaire de mon défunt père, les gens vécurent mieux dans leur peau, plus épanoui, plus vieux et en bien meilleure sant….
-Monsieur, monsieur! …
-Non! non, inspecteur!…Pas de plaisir….Je vous assure, c’est pas de ma faute. C’est le cœur. Non je vous dit! Il restait encore 45 secondes! Je connais mon job, je suis pas une de ces étudiantes, pipeuse à la petite semaine! Je suis une véritable professionnelle, moi!
– Frédérique Vianlatte (1998)
BRÛLANT
Brune était une fausse blonde. Blonde était une vraie rousse. Par
bonheur, elles se foutaient des apparences. Elles se rencontrèrent dans un
club libertin. Dès le premier cuni se fut le plaisir fou. Elles ont maintenant les
cheveux blancs, mais leurs débats sont toujours aussi chauds.
– Frédérique Vianlatte ( 2019)
L’HOMME NOUVEAU
Dans une rage folle. Il était dans une rage folle ! Contre elle, qui l’avait trompé après dix ans de mariage et qui le regardait les yeux mouillés de larmes, de honte et d’amour. Contre sa voisine, qui avait insisté pour que sa femme sorte en boite ce jour là. Contre son patron, qui l’avait collé d’astreinte trois veek-end de suite. Contre leur thérapeute familiale, qu’ils voyaient depuis trois ans et qui n’avait rien résolu. Il en voulait à la terre entière, à Dieu et au diable s’ils existaient et, surtout, à lui-même. Il hurla, cassa la vaisselle et s’enfuit dans la nuit. Il revint deux heures plus tard, calmé mais passablement éméché. Les enfants étaient couchées. Elle pleurait au téléphone. Il lui tendit un verre qu’elle jeta dans l’évier. Il la regarda intensément, se saisit d’un autre verre… Elle l’accepta. Ils vidèrent la bouteille sans parler, sans même oser se regarder, les yeux fixés dans la cheminée. Quand la buche fut éteinte, ils se levèrent maladroitement. Chacun du s’appuyer sur l’autre pour ne pas tomber. Ils finirent, après avoir cognés les murs et marchés sur la queue du chat endormi, par tomber dans le lit. Épuisés, ils n’eurent pas la force de se déshabiller, mais leurs sexes frénétiques se soudèrent l’un à l’autre presque malgré eux. Le coït fut violent, bref, intense. Pour la première fois en dix ans de mariage, elle eut un orgasme. Étonnés, presque dégrisés, mais ivres d’eux-mêmes, ils refirent l’amour et, à nouveau, elle cria sa jouissance. Elle s’endormit comblée. Il alla se faire vomir, puis tranquillement descendit rallumer la cheminée. Là, il fuma une clope en souriant. Désormais, il était un autre homme. Il allait – enfin ! – pouvoir prendre une nouvelle femme.
– Frédérique Vianlatte (2011)
L’ESCLAVE AFFRANCHI
Je ne vous ai jamais aimée. Je vous ai toujours désirée. Du plus profond de mon âme, dès que je vous ai vue, j’ai eu envie de vous. Comme une envie de boire après une traversée du désert, comme le désir de vivre avant de placer sa tête sur la guillotine, comme le désir de Dieu dans l’enfer de la guerre, j’ai eu faim de vous. Faim de vos seins généreux, de votre cul rebondi, de vos cheveux blonds, de vos mains délicates. Oui, au-delà de toute raison, de toute folie, je ne pensais qu’a vous, n’avais de goût que pour vous. Oui, j’étais puceau ! Oui, vous étiez marié trois fois ! Oui, j’étais mort de trouille ! Mais ma queue bandait plus fort que la mort. La peur me déchirait les entrailles, mais rien ne pouvait ce matin – non, rien : même pas la fin du monde ou la mort de ma mère – rien absolument rien ne pouvait empêcher mes mains de caresser ce cul qui montait l’escalier devant moi. Nous avons fait l’amour sept fois. Six fois j’ai joui trop vite, mais six fois j’ai durci aussitôt. La septième fois, à votre tour, vous avez couvert de vos cris cette chaîne essoufflée qui repasse depuis quatre heure le même CD. Plus jamais, je ne serais l’esclave du désir que j’ai pour vous. Serez-vous devenir la compagne de nos plaisirs ?
– Frédérique Vianlatte ( 2011)
INSOMNIE
Je me suis réveillée cette nuit mon amour. Cette nuit comme beaucoup d’autres nuits. Mais cette nuit, à la différence des autres nuits, ce n’est pas l’angoisse du temps qui passe qui m’a troublée. Non, cette nuit aucune angoisse. Ce n’est pas non plus cette peur de passer à côté de ma vie. Non cette nuit aucune peur. Cette nuit, seulement du désir. Tu es ivre et tu ronfles. Tu as pris toutes les couvertures. Je te hais et pourtant je te veux. Si fort ! Mon corps tremble. J’ai envie de venir m’empaler sur ton balais magique, de chevaucher les nuages sauvages et, soudain, sentir jaillir en moi l’orage incontrôlé de ton plaisir insensé. Alors, folle encore de désirs inassouvis, j’enduirai mon corps de crème fraîche. Devant tes yeux étonnés, mes mains caresseront lentement mes seins lourds, mes hanches frémissantes, ma vulve ruisselante, puis je plongerai mon doigt crémé dans ton anus immaculé. Alors tu rebanderas mon amour. A nouveau, je planterai ton pieu orgueilleux au creux de mon intimité. Je deviendrai aviatrice et ton manche guidera l’avion de mes sens vers le ciel étoilé. Je ne sais qui de nous deux décrochera la lune le premier, mais ce que je sais, mon amour, c’est que je ne te laisserai pas souffler. J’emprisonnerai ta tête entre mes cuisses. Tu me lécheras. Longuement. Allongé nu devant moi, je contemplerai ton joli petit cul s’agiter. Tu auras froid mon amour, puis chaud, très chaud mon beau taureau. Alors, une dernière fois, je me cambrerai sur toi. Je ne penserai qu’à moi, qu’au plaisir que je t’arracherai. Ce sera long ou court, doux ou violent, doux et violent peut être, mais ce qui est sûr, mon bel ivrogne du samedi soir, c’est que je ne quitterai ta queue qu’heureuse et comblée, sans force et sans voix. Alors, alors seulement je m’endormirai. Tôt le matin, tu entendras les enfants jouer. Doucement, avec un gant d’eau chaude, tu me nettoieras en veillant à ne pas me réveiller. Sans bruit, tu descendras faire le petit déjeuner. C’est seulement quand tu prépareras le déjeuner que je descendrai à moitié endormie. J’ouvrirai le frigo et, faussement énervée, je dirai : « Chéri tu as encore oublié la crème fraîche !… »
– Frédérique Vianlatte ( 2009)
CHÈRE CHAIR
Il était seul. Il pleurait. Il n’arrivait pas à jouir. Pourtant, il aimait se masturber ainsi, le soir, avant de se coucher complètement, totalement vidé. Mais cette belle fille sur papier glacé qui s’offrait à lui et aux hommes du monde entier, c’était celle qu’il aimait par dessus tout, celle pour qui il avait tout sacrifié même son amour : sa fille..
– Frédérique Vianlatte ( 2016)
SAINT NICOLAS
Trois sœurs. Trois sœurs belles et fières qui aimaient la vie. Trois sœurs qui avaient refusé le mariage forcé pour être libre, le moment venu, de suivre l’amour. Mais trois sœurs brisées par la vie. Trois sœurs sans argent qui allaient bientôt devoir fermer leur cœur et ouvrir leurs cuisses. Trois sœurs qui s’apprêtaient à vendre leur corps pour ne pas mourir de froid. Il est arrivé, il les a sauvées du vice. Enfermées dans un couvent elles ont, pour toujours, échapper à la faim, la prostitution et à la liberté d’aimer.
– Frédérique Vianlatte (1995)
PRÉCIPITATION
Au loin, les nuages noirs. Tout près, sa culotte blanche. Je l’ôte lentement avec mes dents. Le vent et sa peau frémissent. Doucement, je viens en elle. Les hautes herbes dansent de plus en plus vite, de plus en plus fort. Nos corps gémissent. L’orage gronde, nos cris transpercent le tonnerre. La pluie est déjà là. La tempête arrive, nous partons.
– Frédérique Vianlatte (2020)
MASSAGE SECRET
Le défilé matinal des petits veinards se rendant au boulot dans leur auto soigneusement
astiquée le week-end me réveille. Elle est sous la douche. Huit jours que nous n’avons pas fait
l’amour ! Sous le lit, négligemment allongé dans la poussière, un vieux Playboy. Le texte est
anglais, mais je ne cherche pas à traduire. Je la cherche elle, la petite agent des forces de l’ordre
qui s’effeuille pour nous, les hommes. Est-ce qu’elle s’imagine, derrière ses yeux verts amande
un rien moqueurs, que des hommes se masturbent en regardant ses vêtements tomber, ses porte-
jarretelles glisser ? Oui, je pense que oui, à bien regarder là, au-dessus des seins enjôleurs qui
s’évadent du soutien-gorge bleu nuit, le petit sourire amusé que l’on devine dans le miroir reflétant
sa toison de fausse blonde. Dans la rue, les poubelles passent et réveillent les enfants, ma main
s’arrête interdite. Je l’entends qui descend les rassurer, elle joue avec eux. J’ai du mal à me
concentrer. Je tourne les pages, tombe sur un cul pleine page et reviens, empli d’une nouvelle
vigueur, à mon agent de police new-yorkaise. J’imagine la tête de ses collègues, hommes et
femmes, des malfrats qu’elle va conduire devant le juge, des putes dont elle va contrôler l’identité.
Combien doivent-elles faire de passes pour toucher l’équivalent d’une séance de photo pour
Playboy ? Combien de mecs, en ce moment, se branlent en la regardant ? Dans 30 minutes, je dois
prendre le train. Je regarde son arrière-train à elle, ses wagons généreux, je pense à mon amour
qui sait si bien me sucer. À sa langue délicate qui caresse mon gland tandis que ses mains vernies
brossent mon torse velu. Le méat de mon sexe s’écarte, une goutte jaillit. Le plaisir monte. Je
regarde de nouveau la dernière photo, celle devant le miroir. Elle ne cambre pas assez les reins à
mon goût, mais son petit sourire satisfait disant « Tu fais durer le plaisir mon grand aujourd’hui ?!
Tu as raison, profites encore de mon petit cul d’amour », allié au souvenir enflammé d’une bouche
qui m’aspire vers la félicité ont raison de mes dernières réticences. J’éjacule. Vite, sans grand
plaisir. Mais, c’est revigoré que j’essuie mon sexe avec les draps du lit avant d’enfiler, à la hâte,
mes habits de psychothérapeute provincial devant témoigner à Paris de la misère sexuelle en
province…
…
– Frédérique Vianlatte ( 2011)
HAMMAM
Tu rêves mon amour. Tu es seule, allongée les yeux clos. Tu te sens bien. Tu penses à moi. Quinze jours dans ce grand lit tout froid. Quinze jours ! Quinze jours sans mon regard qui te renvoie ton sourire. Quinze jours sans le contact de ma peau contre ta peau, de ma bouche contre ta bouche, de mon sexe contre ton sexe. Mais, ce soir, tu viens me chercher à l’aéroport. Tu as pris ta journée. Tu étais trop tendue, trop excitée. Pour te calmer, tu es venue, ici, dans ce centre de relaxation où nous aimons tant venir avant l’amour. Tu aimerais voir mon visage, toucher mon corps mais, pour l’instant, seule l’image troublante de cette femme aux seins généreux parvient à franchir les nuages évanescents de tes pensées flottantes. Elle était sous la douche. Se croyant seule, elle avait défait le haut et se massait les seins. Tu la regardais, sans bruit, fascinée. Tu n’avais jamais vu des seins aussi beaux! Avec quelle joie tu les aurais frottés contre les tiens, portés à ta bouche en les caressant doucement. En y repensant, tu ne peux empêcher ton index de venir caresser ton clito. Elle semblait s’abandonner à tes baisers secrets, les yeux fermés, totalement relâchée, elle n’était que félicité. Elle allait même répondre à ton espoir secret – enlever le bas – quand, soudain, elle s’est aperçue de ta présence. Elle s’est excusée en rougissant, mais tu étais encore plus rouge que cette sublime rousse ! De quelle couleur est le bijou intime d’une rousse? Roux, blond vénitien?
u rêves ma belle. Mais est-ce encore un rêve? Deux hommes sont entrés, ils te regardent. Trop tard, il est trop tard pour cacher la nature de ton rêve. Ton doigt refuse te quitter la moiteur de tes cuisses, ton corps déjà se crispe. Doucement, devançant tes désirs enfouis, des mains masculines, souples et fines, ôtent ta culotte. Sans ménagement, de gros doigts calleux sortent tes seins de leur cage trop petite. Tout de suite, une bouche avide vient les dévorer. Tout là bas, bien loin de cet ouragan fiévreux, entre tes lèvres ouvertes, une langue inquisitrice lape le miel de ton intimité. Déjà tes gémissements couvrent le bruit de la vapeur d’eau. Une main vient emprisonnée ta bouche. Tu n’aimes pas ça. Tu la mords. Sans un mot, ils échangent alors leur position. Une bouche délicate, pleine de tes saveurs profondes se colle à ta bouche, te vole un baiser qui électrise tout ton corps. Un bras puissant relève tes jambes pour morde à pleine dents tes fesses affolées. Bientôt, un puis deux doigts gigantesques pistonnent comme une locomotive à vapeur devenue folle ta chapelle intime devenue cathédrale. Tu recommences à gémir, plus fort qu’avant. Vite l’homme quitte tes tétons tendus comme jamais et place ton slip de bain dans ta bouche. Mais tu le recraches aussitôt. Alors, les deux hommes te soulèvent et te mettent à quatre pattes. Dans ta bouche haletante, une tige fine et longue vient se placer. Dans ton intimité ruisselante une queue de taureau pénètre sans coup férir. Tu ne bouges pas, le coup de rein de l’un, te fais aspirer la queue de l’autre dans une délicieuse et infernale sarabande. Le plaisir est immense mais tu en veux plus encore. Tu n’es pas prise totalement, entièrement. Pourtant, tu le sais, c’est aujourd’hui ou jamais. Tenant vaille que vaille l’équilibre sur ta main droite, ta main gauche glisse entre tes fesses. Tu parviens à glisser un doigt dans ton anus dilaté. Tu sens derrière la paroi si fine qui sépare les deux sources de ta jouissance, ce sexe qui s’affole dans ton vagin et qui te ferait tant de bien entre tes fesses. La jouissance est là, si proche. Pour eux aussi l’heure de la délivrance va bientôt sonner. Mon dieux, une queue, deux doigts, un gode, n’importe quoi, mais vite venez éteindre ce feu qui me brûle! Trop tard! Le réveil sonne…
Tu es un volcan en feu. Je suis là, mal réveillé. Oseras-tu caresser doucement mon sexe en demandant, les yeux pleins d’amour : «Mon cœur, s’il te plaît, peux tu te dépêcher de m’enculer »?
– Frédérique Vianlatte ( mars 2010)
RÊVE ÉVEILLÉ
Le jour s’est levé. Il est tôt encore. Seuls quelques oiseaux troublent le silence. Je suis debout devant toi. Tu es allongée sur le ventre. Je regarde les faibles rayons du soleil jouer avec ta peau. Tu es belle. Tu sembles dormir. Sans bruit, je finis de faire glisser la moitié de drap qui couvre encore tes cuisses. Dieu que ton cul est beau ! Je caresse ton corps des yeux. Tout mon être te désire. Ta taille me prend les mains, ton sexe m’aspire, mais je résiste, je ne veux pas te réveiller, pas encore. Pourtant mon sexe est à bout de nerf. Pour le calmer, je le caresse doucement en comptant les grains de beauté de ton dos. Quelque chose d’imperceptible a changé, ta respiration peut-être. Ton corps pourtant parait toujours immobile. En y regardant de plus prêt, j’aperçois un doigt. Ton majeur mon amour. Il glisse doucement entre l’anus et ton sexe. Je ne vois presque rien, mais cela m’excite encore plus. Sur mon clito dressé ma main vient de plus en plus vite. Ton doigt aussi s’affole. Tes jambes se replient et ton cul se lève. Je voie nettement maintenant ton majeur plonger en toi. Ali se dilate. Lui aussi aimerait bien une petite visite, mais tes doigts fins ne sont pas assez longs. Je regarde tes efforts avec intensité, mais ne résiste pas longtemps au plaisir de te porter un doigt secourable. J’ai sans doute l’air d’une guenon maladroite mais je m’en moque. Je reste ainsi, déséquilibrée vers l’avant, une main titillant mon bijou, un doigt dansant au creux de ton cul. J’explose. je râle de plaisir et tu exploses à ton tour. Dehors, les premières voitures se font entendre. Je remonte doucement le drap sur toi. Que tu es belle quand tu dors…
– Frédérique Vianlatte ( 2009)
TROP
Il était trop con pour ne pas aimer son cul. Elle n’était pas assez cul pour ne pas le trouver con. Elle en a trouvé un autre, il s’est branlé, seul.
– Frédérique Vianlatte (2017)
LES CONSEILS DE VÉRONIQUE LOVE
Mesdames osons ! Pas de fausse pudeur. Épargnons-nous les
vraies souffrances du désir inassouvi. Tel est le prêche de
Véronique Love. D’après notre courrier, vous êtes chaque semaine
plus nombreuse à vous convertir. Aujourd’hui, Véronique nous
sermonne : aimez-vous les uns les autres.
PAR TOUS ET PAR TOUTES, MAIS SANS PARTOUZE
Plus on est de fous, plus on rit. Ce sage proverbe populaire vaut
également pour l’amour. Attention cependant, il y a partouze et partouze.
En effet, la « partie de débauche », comme l’appelle mon Petit Robert est
un fantasme délicieux, lorsqu’il est rêvé en solitaire ou vécu en célibataire.
Mais c’est un cauchemar dangereux pour le couple qui commet la bêtise
de s’y plonger. Seuls l’amour le plus absolu ou l’absence complète de
sentiments peuvent permettre à un couple de traverser sans dommage
l’épreuve de la multi pénétrations sans présentation. Reste que votre mari
que vous aimez tendrement, madame, effleure parfois ce sujet. D’ailleurs,
vous aussi, vous devez bien vous l’avouer, les rencontres en tête à tête
qui se termine trop souvent en tête-à-queue commencent à vous sembler
un peu monotone. Alors que faire ? Mettez les enfants chez la belle-mère
et foncez au sex shop du coin acheter un DVD porno. Eh oui, grâce au
lecteur de DVD, vous pouvez, à la fois, participer à une partouze extrême
tout en faisant l’amour exclusivement avec le partenaire que vous vous
êtes choisi. Surtout, ne vous laissez pas guider par le titre des films. La
plupart du temps, ce sont des jeux de mots, souvent très drôles, mais
sans aucun rapport avec le contenu du film. Demandez conseil au
vendeur. En général, il a tout vu et vous guidera avec efficacité dans une
gamme de produits très étendue qui va de la partouze rétro de la
décadence romaine à la partouze « hi tech » de la finance new-yorkaise,
en passant par la partouze luxueuse et décalée de la bourgeoisie
couronnée qui s’entremêle aux Caraïbes. Une fois votre choix fait, prenez
l’apéro, mais ne mangez pas. Certaines scènes d’orgie ne sont pas
toujours du meilleur goût ! Ensuite, à vous d’improviser. Vous pouvez
rejouer certaines scènes de l’écran, inverser les rôles de l’homme et de
la femme, suivre votre propre inspiration en ne laissant que le son ou, et
c’est – je l’avoue – ma petite préférence, profiter d’une savoureuse sodo
pour mater en gros en plan une triple pénétration tricolore. Qui a dit que
la télévision était l’ennemi du couple ?
– Frédérique Vianlatte (2019)
LE PLAISIR PERDU
-Je hais les meeting.
-Tu peux bien attendre encore un peu. Dans une semaine, je serais réélue et je serais toute à toi : Plus grande sera l’attente, plus intense sera le plaisir!
-Encore une phrase de politicienne! Je vais te raconter une histoire qui te prouvera le contraire…
-Chouette! j’adore m’endormir en écoutant des contes immoraux!
-C’était…il y a bien longtemps…dans un vaste et riche royaume aujourd’hui disparu. Clydes, le vieux roi, venait d’atteindre sa soixante-quatorzième année. Sa première femme, la reine Florence, était morte six mois auparavant. Il aurait pu, comme l’y autorisait la coutume, prendre pour reine la favorite de ses courtisanes. Il préféra réunir les plus jolies vierges du pays. Il les fit danser nues la danse des quatre sabres. Le roi avait toute sa tête, mais son corps était usé. Une seule parvint à redonner un semblant de vie à sa vigueur défaillante. Il la choisit pour épouse, mais fixa la date du mariage au jour de ses soixante-quinze ans.
-« Pourquoi, Oh grand roi, attendre si longtemps? », demanda la jeune promise.
-« Plus grande sera l’attente, plus intense sera la plaisir », répondit mystérieusement le souverain. « Le palais de mon épouse défunte est à toi. Dans un an, tu seras à moi. Dans un an, tu seras reine. Il te faudra simplement apprendre et attendre… »
Attendre. Oui, Bony attendait… Deux longs mois déjà qu’elle se morfondait dans ce palais. Mais, Bony n’avait toujours rien appris. Sa patience légendaire n’était plus qu’un souvenir lointain. Les jours et les nuits s’étiraient interminablement. les secondes s’écoulaient au ralenti, les minutes paraissaient des heures et les heures semblaient des siècles. Une nuit d’insomnie, elle entendit un bruit insolite. Elle se dirigea prés de la piscine. Tout d’abord, elle ne vit rien. Puis, s’approchant doucement des murs ajourés, elle distingua bientôt deux otaries copulant furieusement. Ce spectacle la fascina. Elle le regarda longuement sans sentir le sommeil l’emporter. Un eunuque la réveilla précautionneusement. La piscine était vide. Rêve ou vision fugitive savamment organisée? Bony ne savait. La journée lui parut encore plus insoutenable que les précédentes. La nuit venue, elle se rendit sans bruit aux abords de la piscine, mais malgré des heures de veille silencieuse, celle-ci resta désespérément vide. Ivre de sommeil, Bony s’apprêtait à sombrer dans son lit immense, lorsque des cris surhumains l’attirèrent à sa fenêtre. Là, en bas, dans le jardin des orangers, un éléphant somptueux couvrait une très jeune femelle. Le vieux mâle reposait de tout son poids sur le dos de la jeune éléphante plantant lourdement son sexe démesuré dans les flancs de sa partenaire. Celle-ci laissait échapper des râles, dont Bony ne pouvait dire s’ils tenaient du plaisir ou de la douleur. Cette vision de l’aube hanta les pensées de la future reine jusqu’au crépuscule. Ce soir là, la lune était particulièrement obscure. Elle resta de longues heures à la fenêtre, les yeux écarquillés, l’oreille aux aguets, mais seuls le cris des chouettes hurleuses et le murmure des 128 fontaines des douze jardins venaient troubler le silence inquiétant de la nuit. Dans la mortelle quiétude des nuits suivantes, la lune s’apprêtait à se suicider quand, soudain, un cri! Un cri de jouissance féminine. Elle ferma les yeux pour mieux entendre. Elle se dirigea dans l’aile ouest du palais, celle réservée aux esclaves. Les cris s’amplifiaient. Elle ne pu s’empêcher de courir. Elle s’arrêta. Les cris avaient cessé. Une lumière fugace traversa l’une des fenêtres du patio. Elle tourna la poignée de la porte conduisant à ce dernier. Fermée! Tenace, elle grimpa le long de la fontaine des deux lions. Debout, au sommet de la fontaine, elle pouvait, en se postant sur la pointe des pieds, apercevoir la fenêtre où la lumière avait brillé quelques instants. Les cris reprirent, plus forts plus aiguës. Une autre femme, pensa Bony. La lumière refit son apparition. Deux femmes se faisaient face. L’une, forte, aux seins menus, se tenait debout et contemplait sa compagne qui, allongée sur le tapis en peau de tigre, lui léchait les jambes avec une ardeur sauvage. Bony admira tout à loisir la superbe courbe arrondie de la femelle à quatre pattes, puisque l’anus de la belle servait de bougeoir. A son tour, l’esclave aux fesses de feu glissa une bougie dans le tréfonds de sa proie. Elle se mit debout et ondula doucement pour venir, de sa propre bougie, allumer le plaisir de sa partenaire. Curieuse de voir comment les deux esclaves allaient poursuivre leurs jeux lubriques, Bony tenta de se dresser un peu plus sur la pointe des pieds et chuta lourdement dans l’onde glacée. Surgi de nulle part, l’eunuque la prit aussitôt dans ses bras, la couvrit d’une couverture d’astrakan et la porta dans son lit. La fièvre dura deux jours et trois nuits durant lesquelles des éléphants en feux prenaient furieusement des femmes otaries pendant qu’un tigre eunuque hurlait à la mort. Au matin du troisième jour, il lui sembla reprendre conscience. Elle voulu se lever, mais les forces lui manquèrent. Elle tira le cordon orné de nacres. L’eunuque entra, mais au lieu de lui apporter à manger, il lui tendit une longue vue et, sans dire mot, désigna l’une des fenêtres de l’aile est. Bony parvenait difficilement à pointer l’instrument instigateur. Elle tremblait trop…de désir. Là-bas, si loin et pourtant si proche, un homme et une femme s’aimaient avec passion. Elle aperçut la femme caresser le vit de l’homme puis l’avaler avec délicatesse, tandis que son compagnon léchait avec avidité la fente rosée de sa belle. Ils se séparèrent juste avant l’orgasme. La femme serra fermement le pieu de l’homme. Trop faible, Bony dû se résoudre à abandonner, un temps, la longue vue. Lorsqu’elle la reprit, l’homme soulevait comme fétu de paille sa conquête. Il empala sa maîtresse qui, aussitôt, enserra ses jambes autour du torse de son compagnon. Il firent ainsi plusieurs fois le tour de la pièce. Puis l’homme se rapprocha de la fenêtre de manière à ce que le corps de la femme pencha presque entièrement dans le vide. L’inconnue devenait écarlate et tournait furieusement la tête de gauche à droite. Le couple était trop loin pour que Bony puisse entendre les cris de plaisir, pourtant ils raisonnaient dans tout son corps et la rendaient folle. La longue vue s’écrasa sur le sol et Bony fondit en larmes.
Rien, il ne se passa plus rien pendant des dizaines de jours. Bony n’avait plus de fièvre, mais se languissait en silence. La nuit, elle se relevait et errait dans le palais les yeux écarquillés, les oreilles aux aguets. Parfois, les soirs de grand vent, elle entendait comme des gémissements, mais elle avait beau scruter toutes les fenêtres du palais, aucun homme, aucune femme ne venait s’accoupler dans sa longue vue. Un matin, elle ouvrit les yeux, mais tout demeura obstinément noir. Aurais-je dormi toute la journée? se demanda la sublime promise. Elle voulu frotter ses yeux, mais deux mains puissantes l’en empêchèrent. On lui avait bandé les yeux. Pourquoi? Avec un sentiment de curiosité et d’inquiétude mêlé, la belle tenait tous ses sens en éveil. Doucement, on lui défit les draps, mais elle ne sortit pas du lit. Délicatement, une main parfumée remonta sa chemise de soie brodée. Un doux liquide qu’elle ne put identifier coula entre ses seins, glissa vers son nombril, irrigua sa toison délicate et s’abîma entre ses cuisses. Un léger frisson la parcourut. Bientôt, une boule chaude fut posée sur son ventre. Un chaton! Un tout jeune chaton qui, à petits coups de langue râpeuse, léchait déjà les seins cuivrés de la vierge tremblante. Personne ne l’avait embrassée là, une sensation inconnue l’enflamma. Ces seins, fiers et fermes, se durcirent presque douloureusement, mais déjà l’animal assoiffé gouttait goulûment le nombril parfait. Les coussinets de satin agaçaient délicieusement le mont divin de la belle, puis piétinèrent avec impatience ses cuisses mousseuses. Bony aurait volontiers laissé son corps se tordre dans tous les sens, si elle n’avait eu peur d’effaroucher le jeune félin. Crispée dans un effort surhumain, la belle dû serrer le lit de toutes ses forces pour ne pas sursauter violemment lorsque la langue chaude s’enroula juste au-dessus de l’hymen. Elle était au bord, tout au bord, de sa jouissance – de sa première jouissance – lorsque l’eunuque lui retira l’animal. Dépitée, furieuse, elle dont la bouche était fleur et les mots papillons, cracha à l’esclave des mots orduriers que même les guerriers les plus braves n’osent pas jeter à la figure de leurs ennemis les plus farouches. Le corps en feu, Bony nagea jusqu’à épuisement dans sa somptueuse piscine, puis se reposa de longues heures dans le haman. Assoupie, flottant entre deux mondes, Bony n’eut pas la force de protester lorsque l’esclave lui lia les mains avec un cordon de soie et couvrit sa tête d’un épais tissu. Seule sa bouche était découverte. Elle respirait avec peine. Elle demeura ainsi un long moment, aucun son, aucune odeur, aucune parcelle de lumière ne lui parvenait. Pétrifiée par cet isolement, Bony se recroquevilla sur elle-même pour sentir la chaleur de son propre corps. Le contact de ses genoux sur ses seins la calma un peu. Une main inconnue effleura ses chevilles, une autre ses fesses. Terrorisée, elle se redressa et voulu s’enfuir. Elle fit deux enjambées et s’empêtra dans un immense rideau de velours. Elle tomba lourdement et s’évanouit. Elle revint lentement, très lentement à elle. Une force nouvelle naissait dans son ventre, ses seins se dressaient sous la douceur de caresses expertes. Toute sa peau n’était plus qu’un immense piano qui vibrait de plaisir sous des mains virevoltantes. Les doigts virtuoses se faisaient tour à tour tendres et rugueux. Ils griffaient son dos, galopaient entre ses cuisses, escaladaient ses seins, peignaient sa toison, pétrissaient ses fesses, lissaient son cou, dessinaient ses lèvres, creusaient des rivières entre ses reins et faisaient jaillir des fleuves de plaisir au fond de sa grotte inviolée. Bony écoutait, ensorcelée, la symphonie de son corps qui s’éveillait au plaisir. Les mains, longues et fines, l’invitèrent à se coucher sur le ventre. Des genoux enjambèrent son corps. Deux pointes de chair sillonnèrent son dos. Ce n’est que lorsque elle sentit une douce forêt se frotter contre ses astres lunaires, qu’elle comprit qu’une femme s’enroulait autour de son corps. La délicieuse louve mordilla doucement les hanches de Bony. Celle-ci s’exécuta et se plaça sur le dos. Une pointe de chair durcie vint parcourir lentement ses lèvres, puis la langue brûlante de l’amante vint agacer la pointe de son sein gauche, tandis que son sein droit se noyait entre des mamelons gigantesques. Bony jouit dans un sanglot. L’inconnue changea de position et recommença le même jeu, en inversant simplement les plaisirs. Bony, une nouvelle fois, allait connaître l’orgasme. Mais le jeu prit subitement fin. Enveloppée dans le velours, Bony fut transportée dans sa chambre et laissée seule dans son lit trop grand sans même que l’eunuque prit soin de lui délier les mains ou de lui ôter le tissu emprisonnant ses sens. Son corps était un volcan, mais le silence glacial dans lequel elle était enfermée, bien vite, éteignit sa lave qui se figea et souda sa chair intime. L’angoisse était insupportable. Elle voulait hurler, mais nul son ne put sortir de sa bouche. Finalement, deux sillons qu’elle connaissait parfaitement vinrent labourer son ventre et la chaleur moite des seins généreux vint réchauffer son ventre. Deux mains rudes enserrèrent ses hanches et soulevèrent sans effort son corps docile. Debout, les pieds plongés dans une peau d’ours, elle suivait avec attention le lent parcours d’une langue mutine qui, des chevilles, remontait inexorablement vers le soleil ardent de sa lave en fusion. Subitement, deux mains s’accrochèrent à ses seins et ramenèrent dans son cou : une barbe fournie; dans son dos, un torse puissant; entre ses fesses, une tige longue et ferme. Elle n’eut pas le temps de se remettre de sa surprise que, déjà, l’homme malaxait sauvagement ses appas, alors que l’inconnue léchait lascivement un petit morceau de chair tendu comme un arc. La force de l’homme, la tendresse de l’esclave tordaient son corps de soubresauts violents qui attisaient la bestialité du mâle et renforçaient la délicatesse de la femme. Bony explosa dans la bouche de son amante qui s’enivra de ces liqueurs tant attendues. Ensuite, l’homme glissa une main entre les cuisses royales, passa l’autre sous l’épaule, souleva Bony, tourna ainsi très vite sur lui-même et la laissa étourdie, sans force, sans voix, sur sa couche défaite.
Pendant des dizaines nuits, elle sentit sur ses hanches les mains puissantes de l’homme. Elle avait une envie folle de toucher à son tour ses chairs délicates que l’homme avaient, un temps, emprisonnées dans ses doigts, mais ses mains restaient, malgré tous ses efforts, prisonnières du lien de soie qui l’attachait à son lit. Heureusement, à nouveau, ses yeux pouvaient voir, ses oreilles entendre, son nez sentir. Plus avides que jamais, ses sens captaient la couleur des fleurs qu’elle ne pouvait plus humer, reniflaient le chant des oiseaux qu’elle ne pouvait plus voir, entendaient le vent qui ne la caressait plus. Bony n’était plus une femme, mais un animal. Une couleuvre trop longtemps prisonnière d’une cage dorée et qui redécouvrait avec ivresse les forces telluriques de la terre. Un jeune coq, à peine sevré, lâché dans une basse cour de poules impatientes. Lorsqu’elle le vit, elle faillit feuler de plaisir. Il était là, nu devant elle. Ce torse musclé, ses mains larges, cette flèche, fine, longue, ardente: c’était lui! Ca ne pouvait qu’être que lui! Il s’approcha d’elle. Elle trembla et ferma les yeux. D’un geste brusque, il saisit sa fine chemise de dentelles et la déchira découvrant sa poitrine parfaite. Puis, sans rien dire, revint devant la future reine. Il la regarda, longuement, intensément. Lorsque elle rouvrit les yeux. Il mouilla son index et le passa délicatement sur son torse. Elle regardait avec envie ce doigt caresser ce corps qu’elle désirait follement. Puis, l’homme saisit sa verge de la main gauche. Ses yeux ne quittaient pas les seins de la belle qui les sentit brûler de plaisir. La main souple courait le long de la verge qui s’allongea encore. Fascinée, Bony ne leva les yeux que lorsque elle entendit des sons rauques. L’homme, fou de plaisir, se mordait la main droite pour ne pas hurler sa jouissance. Le sperme jaillit dans un jet continu qui vint mouiller de larmes les draps royaux. L’homme alors s’approcha lentement. D’un geste, il acheva de déchirer l’habit princier et, de sa main en sang, essuya son arme ensorcelante. De ses doigts maculés, il entreprit de lisser lentement les fines défenses qui protégeaient l’hymen. Lorsque Bony recouvra enfin la raison, l’homme n’était plus là. Seule flottait dans la chambre une odeur puissante, enivrante, désespérante.
Malgré ses suppliques, les esclaves ont défait le lit et lavé son corps. Elle reste là, enchaînée à sa prison de draps trop propres. Prostrée, elle lèche parfois ses jambes que l’homme n’a pas touchées. Elle voudrait promener sa langue à l’endroit où l’homme à poser ses doigts. Impossible! Indifférente aux jours qui passent, Bony ne cesse de revivre, seconde par seconde, cette scène où, pour la première fois, elle a vu le sexe d’un homme. Chaque geste, chaque odeur, lui reviennent en mémoire et s’inscrivent dans sa chair. Peu à peu, plus rien n’existe que cette image d’un sexe d’où jaillit interminablement une douce semence qui vient échouer aux portes de sa féminité. Prisonnière de cette vision démentielle, Bony ne prend pas tout de suite conscience que ses mains ne sont plus liées. Libres, ces dernières s’ébattent dans le lit, froissent les draps de soie, maltraitent l’oreiller et viennent plonger dans la chevelure folle de la vierge en délire. Une nouvelle contorsion et la belle pousse un cri. Elle regarde interloquée son poing serré sur une touffe couleur de jais. Elle n’ose y croire et s’arrache une nouvelle poignée de cheveux. Loin de la refréner, la douleur multiplie son envie. Fermant les yeux, elle revoit la queue fascinante de l’homme et laisse ses mains torturer ses seins épanouis. Une des mains s’égare et vient frotter son ventre plat où brille un saphir. Mais les doigts de la belle délaissent ce joyau pour les fils incandescents du mont devenu montagne. Le corps de Bony ne lui appartient plus, ses pieds se frottent contre ses jambes, sa bouche mord ses épaules, ses seins frappent ses genoux, ses fesses ratissent la couche et ses doigts enserrent le bourgeon rose devenu fleur du mal. Un mal délicieux qui lui fouille les entrailles et ressort en usant les cordes vocales. Jeune éléphante en chaleur, Bony attend avec impatience le sexe énorme de l’éléphant à tête d’homme. Son index droit ne quitte pas la tige rosée surgissant au contrefort de sa forêt en flamme et, lentement, un nuage de félicité s’amoncèle à l’horizon. Un orage de spasmes la secoue en tout sens avant que la foudre du plaisir ne vienne s’abattre sur son corps dévasté.
Quand elle revient à elle, Bony a de nouveau les mains liées. Loin de se révolter, la future reine s’apaise. Le feu qui la brûlait s’éteint doucement. Bony écoute à nouveau le chant des oiseaux, perçoit les bruissements du vent dans les orangers royaux, mange avec délices les mets divins que l’esclave lui sert dans une cuillère d’or sertie de diamants. La journée s’écoule ainsi, paisiblement, laissant à Bony le temps de retrouver tous ses esprits, de se réapproprier ce corps qui avait échappé à son contrôle. Mais, à nouveau, la nuit survient et, avec elle, reviennent les visions, si fortes et si précises que la couche royale se souille à nouveau. Au petit matin, une femme énorme apparaît dans l’embrasure de la porte. Elle porte un plateau de fruits. Bony l’interroge, mais l’esclave ne répond pas. Avec des gestes de chatte, elle défait le lit royal et masse les pieds de sa reine. Malgré les liens, le corps de Bony se relaxe. Un bien être délicieux l’envahit toute entière. Une douce somnolence s’empare d’elle. L’esclave profite de cet abandon total pour rouler entre ses seins gigantesques la jambe parfaite de sa maîtresse. Celle-ci ne parvient pas tout de suite à identifier l’origine de ses caresses nouvelles. Ouvrant les yeux, elle aperçoit la chair fripée, flasque, repoussante et pourtant si fascinante de l’esclave maintenant dénudée. Cette dernière s’empare fermement des deux jambes et frotte doucement, les yeux mi-clos, les pieds princiers contre ses mamelons. Horrifiée, Bony tente de se débattre, mais en vain. Les mains puissantes encerclent ses jambes dans un étau qui se resserre à chaque tentative de libération. Vaincue, Bony ne bouge plus et s’efforce de fermer les yeux. Mais son imagination est plus puissante que son dégoût et, lentement, la fièvre monte. Une frêle jeune fille vient de pénétrer dans la chambre. Elle se love lascivement autour de sa compagne, puis s’allonge contre Bony. De ses pieds minuscules, l’intruse effleure la motte grasse de l’esclave qui, contre sa poitrine pendante, frotte toujours les pieds de la princesse. Fascinée, Bony voit le pied diabolique de celle qui partage sa couche s’enfoncer inexorablement dans des profondeurs intimes. Ivre de plaisir, la marâtre jouit dans un long cri plaintif. Mais, au lieu de relâcher les jambes de Bony, elle les écarte davantage. Sa compagne de jeu vient alors se placer à genoux devant Bony. D’une main savante, elle fouille rapidement l’antre de la matrone puis, de ces doigts couverts de sève, caresse le pourtour des seins de Bony. Cependant, sa langue ne reste pas inactive. Elle fouille les recoins les plus sensibles du royal volcan. Comme, de son côté, l’esclave aux chairs généreuses frotte son pubis contre les fesses diaphanes de sa partenaire, Bony, tout à la fois, fond dans la bouche de l’esclave et se noie dans les yeux fous de celle qui imprime à ses jambes un mouvement de bascule toujours plus rapide.
Sans bruit, les deux femmes se sont retirées et les eunuques ont changé les draps. Les mains liées, le corps en éveil, la tête vide, Bony attend. Toute une semaine s’écoule ainsi sans bruit, sans rien. Soudain, une nuée d’esclaves s’affairent autour d’elle. On la baigne, la savonne, la parfume de senteurs rares. Ses cheveux sont coupés, peignés, brossés et parés de perles. Ses oreilles, ses chevilles, son cou se recouvrent de bijoux de cobalt et d’argent. Son visage s’enrichit de signes sacrés. Les servants l’attachent debout à un pieux planté au centre du hamam. Autour d’elle, les femmes dansent et chantent selon le rituel. Deux claquements de mains retentissent, le silence revient à nouveau. Les esclaves s’enfuient et deux hommes apparaissent. Deux hommes superbes dans leurs habits lumineux. Les fils du roi! Ils tournent autour d’elle et la regardent avec intensité. Ils notent la finesse de ses chevilles, goûtent l’ampleur de sa chute de reins, jaugent ses deux seins lourds et orgueilleux, caressent du regard ses fesses provoquantes, devinent la finesse de sa peau. C’est l’aîné, Abel, qui met fin à la contemplation. Il s’approche, mordille l’épaule et poursuit sa ronde A son tour, le cadet interrompt sa marche et vient lécher le tendon d’Achille de la belle. La ronde continue ainsi un temps infini. Les deux hommes tournent et, brusquement, prennent d’assaut des parcelles infimes de son corps. L’attaque vient toujours par surprise. Tantôt douce, tantôt rude, elle laisse à chaque fois des traces de plaisir qui renforcent le désir. Le corps de Bony est maintenant un brasier, elle a perdu toute notion du temps, toute décence. Son ventre se lance dans des danses obscènes quémandant toujours plus de caresses, de succions, de baisers, de morsures. Son sexe fou cherche partout une verge qui viendrait se joindre à lui, mais toujours les escarmouches se succèdent sans que vienne la tendre attaque. Lorsque Abel s’approche d’elle et glisse ses jambes sur ses épaules princières, Bony ne sent même pas les liens qui l’attachent toujours au poteau s’incruster dans sa chair. A l’horizontale, sans plus de contact avec le sol que les épaules souples du fils ainé, Bony sent une langue s’enfoncer au plus profond de ses deux lunes, tandis que la bouche d’Abel dévore le soleil noir de sa belle mère. La jouissance est si forte que même Abel, le puissant guerrier, se retrouve à terre. Les deux frères se relèvent, rient, regardent le corps convulsé de la belle, le couvrent de baisers et l’abandonnent au bord d’un nouvel orgasme.
Depuis huit mois maintenant, Bony attend dans sa prison dorée le moment de devenir reine. Ardente comme le désir, Bony se consume à petit feu. Les mets délicieux, les interminables leçons de préséance proférées par le chef du protocole où les nombreuses danses et pièces de théâtre données en son honneur ne parviennent pas à éteindre son inextinguible désir. D’autant plus que l’esclave, chaque soir, emprisonne soigneusement ses longs doigts rebelles qui n’attendent qu’une seconde d’inattention pour mettre son corps en révolution. Mais si l’on peut lier les membres, la peau reste libre. Ses yeux, sa bouche, son cou, ses épaules, ses cuisses gardent en eux la trace invisible des hommes et des femmes qui l’ont initiée aux plaisirs du corps à corps. Bony sait que l’initiation n’est pas finie. Elle a compris, maintenant, le rôle de l’attente dans l’alchimie fragile de la jouissance. Chaque jour qui passe, elle le sait, augmente l’intensité du plaisir à venir. Mais la raison ne saurait trop longtemps résister à l’appel de la chair : à trop longtemps laisser la marmite sur le feu, le chaudron finit par exploser, rappelle un vieux dicton de nos contrées. Et, effectivement folle, Bony devient folle. Du moins, c’est ce qu’elle ressent quand elle voit, dans le miroir millénaire, son visage mangé par des yeux exorbités et une bouche tordue par la douleur. Dans la glace, juste au-dessus de ce visage déformé, apparaît une femme rousse à la peau laiteuse, nue sous la peau de zibline qui recouvre son dos. Ses mains de harpiste jouent sur le dos de la promise une sonate d’une prodigieuse virtuosité que seuls les cris hallucinés de Bony ne permet pas de percevoir. La musicienne s’est soudain redressée. Le manteau de zibeline choit. Elle s’agenouille sur ce tapis improvisé et Bony, interdite, découvre la bosse qui coiffe son dos. Une bosse qui déforme ce corps parfait et qui pourtant l’embellit d’un troisième sein gigantesque. Avec avidité, Bony tête cette mamelle inattendue. La bossue lèche goulûment l’antre des cuisses royales. Juste avant l’orgasme, l’esclave rousse se relève et invite Bony à s’allonger sur la Zibeline où se mélangent déjà les larmes de plaisir des deux femmes. Bony happe la fragile ligne de chair rose qui émerge sous la flamboyante toison, tandis que la harpiste, mordillant les seins de la reine, laisse l’un de ses longs doigts délicats glisser avec infiniment de lenteur vers la source de tous les plaisirs. Tout en douceur, le doigt file la délicate toison, frôle la tentante nacre, glisse sur les lèvres frémissantes et s’enfonce inexorablement. Le déchirement de l’hymen fait tressauter Bony, mais bientôt le doux va et vient remplit son corps d’une drogue nouvelle qui l’entraîne au-delà de toute conscience.
Deux jours passent avec lenteur; deux nuits filent dans des rêves creusant les draps de légers ruisseaux dorés. Le troisième jour, la vision de Bony se trouble. La femme qui se tient devant elle est double : quatre yeux amandes, quatre mains jaunes, quatre pieds minuscules. Avec une parfaite synchronisation, les jumelles ôtent la barrette qui retenait leur noire chevelure et défont la ceinture de leur kimono. Sans plus de préliminaire, chacune se saisit d’une jambe, l’écarte et vient se nicher entre l’espace ainsi libéré. Dos contre dos, fesses contres fesses, les geishas portent à leur bouche les jambes de gazelles de la belle et les mordillent avec d’autant plus de force qu’elles se rapprochent de l’épicentre. Parvenues aux abords de celui-ci, dans un même geste langoureux, elles se retournent l’une vers l’autre et mélangent leur langue alors que leur index pénètrent, en même temps, dans le nuage arc-en-ciel de la reine qui, bientôt, pleure des larmes de volupté.
Les nuits suivantes, Bony dormira les cuisses largement écartées, mais aucune main secourable de viendra suppléer ses doigts prisonniers. Au contraire, la surprenant dans son sommeil, Abel et Cain lui enserrent les jambes dans les étriers de bronze que l’on utilisait pour les accouchements royaux. Une sage femme vint d’ailleurs s’affairer entre ses cuisses. Pour pouvoir faire son office, elle demanda à Abel et Cain d’embrasser chacun l’un des seins de la belle. Aussitôt, Bony s’ouvrit largement. Tout en continuant de faire fondre dans leur bouche les appâts de leur reine, les deux princes laissèrent leurs doigts se perdre entre ses cuisses. L’aîné introduisit calmement l’index et le majeur; le cadet glissa un pouce gourmand. Regardant avec attention la dilatation que cette intrusion princière ne manquait pas de provoquer, la sage femme sortit de son corsage bien pourvu, un petit godemichet. Les trois doigts cédèrent la place, l’ustensile les remplaça quelques instant, puis se retira. Les doigts reprirent leur patiente besogne, mais cette fois-ci, c’est Cain qui introduisit son index et son majeur, tandis que l’aîné enfonça son pouce. Avec avidité, Bony lécha les doigts maculés des princes suspendus à sa poitrine arrogante. Mais, brusquement, sa mâchoire se referma sèchement. Ces amants gémirent de douleur, mais n’abandonnèrent pas leur noble devoir. La sage femme venait d’introduire, juste au milieu de ses deux lunes, le sexe artificiel qui, enduit du suc intime de Bony, glissa rapidement au plus profond de territoires inexplorés. Douleur et plaisir se mélangeaient dans une sensation forte et inconnue qui, entre torture et félicité, féminité bafouée et féminité sanctifiée, la conduisit doucement vers une euphorie orgasmique inégalée.
Un peu honteuse et inquiète, Bony mit plusieurs semaines à retrouver le sommeil. Dans trente-deux jours, elle serait Reine. Les préparatifs de la cérémonie la distrayaient à peine. Elle redoutait la fin de l’initiation, mais l’attentait avec impatience. Le coq chanta quatre fois. Deux femmes et deux hommes entourèrent silencieusement la couche royale. C’est Abel qui donna le signal de la cérémonie. Il retira brusquement les draps de soie. Alors, les femmes déversèrent les amphores de liqueur sur le corps de la vierge. Dans un long baiser, Cain délivra dans la gorge de Bony un alcool fort qui embruma ses sens. Des bouches avides s’abreuvaient aux sources de son corps. Des mains souples et délicates sculptaient ses chevilles, dessinaient ses hanches, célébraient ses épaules. Vins capiteux, seins opulents, doigts maculés et verges tendres se succédaient à sa bouche dans la plus enivrante des sarabandes. Les maîtres de ballet s’arrêtèrent soudain. Haletante, la reine regarda les hommes et les femmes se caresser mutuellement devant elle. Fous d’excitation, ils se jetèrent alors comme des morts de fin sur son corps frémissant. Les femmes prirent chacun un sein et le pompèrent goulûment. Cain glissa doucement sa verge dans la bouche de Bony. Abel pointa son pieu au creux des reins et doucement commença à forcer le passage secret. L’esclave qui se trouvait à droite de la reine humecta son index dans l’antre mielleuse de Bony et le planta dans les fesses de Cain. Celui-ci procéda de même avec la seconde esclave qui, à son tour, ficha son doigt maculé dans le tréfonds d’Abel qui rendit la politesse à la première esclave. Ce cercle une fois constitué, chacun des participants glissa un doigt agile dans la caverne royale. Bony devint alors le moyeu de cette roue de luxure. Chaque vague de plaisir qui faisait onduler ses partenaires venait se perdre dans ses marais par le plaisir inondé. Les seins incandescents, le sexe en feu, les fesses en fusion, Bony devenait soleil et irradiait de désir l’anneau stellaire qui l’embrasait de plaisir. Soudain, le soleil devint comète et Bony rejoignit le ciel. Abel et Cain déchargèrent en même temps et Bony plongea aussitôt dans un océan de félicité au fond duquel les deux esclaves vinrent bientôt la rejoindre.
Tu vois chérie, le plaisir perdu ne se rattrape jamais….
– Frédérique Vianlatte (1998)
POÈMES
Rouge
Bois le vin de mes couches
Glisse ton sexe réglisse
Puis
Porte à ma bouche
Ta queue rouge écrevisse
Frédérique Vianlatte (2009)
PIERROT
Ton cul est la
Fesse cachée de la lune
J’adore
Être dans la lune
Frédérique Vianlatte (Mars 2012)
GOD IS LOVE
Un gode dans le cul
Un gode dans le con
Nous montons au paradis
Gode is God !
Frédérique Vianlatte, inédit (Mars 2024)
ORAGE
Je te veux
Impatiente et mouillée
Les seins gonflés
Les cuisses écartées
Je te veux
Tigresse affolante
Bouche caressante
Mains dévorantes
Je te veux
Brûlante de désirs
Irriguée de soupirs
Foudroyée de plaisirs
Frédérique Vianlatte, inédit (Mars 2014)
GODE IS GOOD
’
J’aime au creux de tes fesses
Lécher ce cœur délaissé
Il a le goût excitant de ces fruits exotiques
Que l’on mange rarement
Il a la douceur d’une rose qu’un amant
Promène doucement sur le corps de son aimé
Il a le don surprenant de fondre
Totalement sous la langue
Pour devenir ce puits sans fond où se noie
Délicieusement l’objet de ton désir
Frédérique Vianlatte, inédit (Mars 2024)
MORT DOUCE
Tes cuisses
Comme un étau
Broient ma tête
Ton plaisir brûle
Dans ma bouche
Tu es au paradis
Je suis en enfer
Tu es ma déesse
Je suis ta diablesse
Frédérique Vianlatte, inédit (Mars 2010)
COMMENT TE RÉSISTER?
Ton dos se
Cambre
Tes fesses
S‘ambrent
Du parfum du péché
Ton ventre se gonfle
Tes seins
Soufflent le son du baiser
Pourquoi te résister?
Frédérique Vianlatte, inédit (Mars1998)
L’HALLALI DES LILAS AUX LITS
Ma langue
Lance lancinante
Lentement s’enfonce
Dans la lave lascive
Qui s’écoule indolente
De tes lèvres lubriques
Frédérique Vianlatte, inédit (Mars 2011)
Et VERSA
Quand tu me suces
Ma puce
La vie est un délice
Sans vice
Frédérique Vianlatte, inédit (Mars 2017)
LA BONNE HEURE
Quand je serais mort
Je n’embrasserai plus ton corps
Pourtant je serais en joie
Car tous les jours en toi
Frédérique Vianlatte (Décembre 2023)
MAGIE
Dans l’eau claire
Surgissent comme un soleil fou
Tes deux fesses blanches
Refusant de rester sous l’eau
Souriant aux cieux
Aux promeneurs incrédules
A ma bouche en feu
Frédérique Vianlatte (Mars 2009)
RÉVEIL MUTIN
J’aime, à peine éveillé
Jouer avec la toison ensauvagée
De ton pubis chaud et musclé
Frédérique Vianlatte (Février 2023)
NECTAR
Ton cul est l’oasis
En plein désert qui s’offre
Soudain au voyageur égaré
Dieu que je suis assoiffé
Frédérique Vianlatte (Mars 2011)
MIEUX QUE RIEN
Les Bras tendus
Le sourire aux lèvres
La jupe relevée
Le soutien-gorge dégrafé
Tu me dis viens
Ce n’est qu’une photo
Mais je jouis quand même
– Frédérique Vianlatte (2008)
RENAISSANCE
Que ma joie demeure en ton cœur
Comme mon désir meurt en ton cul
Pour mieux renaître !
– Frédérique Vianlatte (2017)
RÊVE DE NUIT
De mon mont
Tendre et tendu
Caresser à tâtons
Tes tétons
Tendres et tendus
Entendre
Tes soupirs attendus
Me détendre soudain
Puis
Repu
Te regarder
Goulue
Lécher tes seins maculés
En rêvant de t’enculer
Je t’aime
– Frédérique Vianlatte (2013)
HAICUL MOUILLE
Nus sous la douche
Bouche à bouche
Félicités
– Frédérique Vianlatte ( 2010)
CHE SERA
Cet été
Ma beauté
Tes titis
Tendres
Terriblement tentants
Timidement tâtés
Seront
Tendrement tétés
– Frédérique Vianlatte ( 2020)
TON VAGIN
Ton vagin est une vague
D’amour
Un plaisir insensé
Sans retour
Le bourreau de mes peurs
La sage fureur de mes rêves fous
– Frédérique Vianlatte( 2010)
PRIÈRE PAÏENNE
Que ma bouche
Te couche sur ta couche
Que mon énergie
Vice mes vices à tes envies
Que la petite mort
Nous adore jusqu’à la mort de la mort
– Frédérique Vianlatte( 2017)
SAUT D’EAU
Je le confesse Princesse
Quand je mate vos fesses
Je suis proche de l’ivresse
Et quand je vous encule
Ma Libellule
Je vous aime et j’éjacule
– Frédérique Vianlatte (1995)
C’EST FOU CE QUE C’EST BEAU
Quand ta bouche
Avale ma bouche
Et que ton sexe
Se soude à mon sexe
Quand ton désir
Nourrit mon désir
Et que ton plaisir
S’emplit de mon plaisir
C‘est beau
Quand ta bouche
Se soude à mon sexe
Quand ton sexe
Avale ma bouche
Quand mon plaisir
S’emplit de ton désir
Quand mon désir
Se nourrit de ton plaisir
C’est fou
C‘est nous
– Frédérique Vianlatte (2013)
RÉVEIL CÂLIN
Prendre
Ton sein
Le lécher
Le sucer
L‘avaler
Tendre
La main
Caresser
Masser
Glisser
T‘entendre
Tendrement
Te rendre
Et
Jouir
Jouir
Jouir
– Frédérique Vianaltte (2008)
LE CENS DE LA MESURE
Je suis censé
T‘encenser
Mais mes sens
Excédés
Dépassent toute mesure
Sans arrêt
Dans tous les sens
Je ne pense
Qu’a te baiser
Jusqu’à la démesure
– Frédérique Vianaltte (2017)
RAVISSANTS RADIS
Tes seins de mère
Allume dans ma chair
Des feux de désir
Des brasiers de plaisir
Ton corps arrondi
N‘est pas enlaidi
Ton corps arrondi
Est un radis
J’adore croquer les radis
– Frédérique Vianaltte (1998)