DU MOIS

INSOMNIE

Je me suis réveillée cette nuit mon amour. Cette nuit comme beaucoup d’autres nuits. Mais cette nuit, à la différence des autres nuits, ce n’est pas l’angoisse du temps qui passe qui m’a troublée. Non, cette nuit aucune angoisse. Ce n’est pas non plus cette peur de passer à côté de ma vie. Non cette nuit aucune peur. Cette nuit, seulement du désir. Tu es ivre et tu ronfles. Tu as pris toutes les couvertures. Je te hais et pourtant je te veux. Si fort ! Mon corps tremble. J’ai envie de venir m’empaler sur ton balais magique, de chevaucher les nuages sauvages et, soudain, sentir jaillir en moi l’orage incontrôlé de ton plaisir insensé. Alors, folle encore de désirs inassouvis, j’enduirai mon corps de crème fraîche. Devant tes yeux étonnés, mes mains caresseront lentement mes seins lourds, mes hanches frémissantes, ma vulve ruisselante, puis je plongerai mon doigt crémé dans ton anus immaculé. Alors tu rebanderas mon amour. A nouveau, je planterai ton pieu orgueilleux au creux de mon intimité. Je deviendrai aviatrice et ton manche guidera l’avion de mes sens vers le ciel étoilé. Je ne sais qui de nous deux décrochera la lune le premier, mais ce que je sais, mon amour, c’est que je ne te laisserai pas souffler. J’emprisonnerai ta tête entre mes cuisses. Tu me lécheras. Longuement. Allongé nu devant moi, je contemplerai ton joli petit cul s’agiter. Tu auras froid mon amour, puis chaud, très chaud mon beau taureau. Alors, une dernière fois, je me cambrerai sur toi. Je ne penserai qu’à moi, qu’au plaisir que je t’arracherai. Ce sera long ou court, doux ou violent, doux et violent peut être, mais ce qui est sûr, mon bel ivrogne du samedi soir, c’est que je ne quitterai ta queue qu’heureuse et comblée, sans force et sans voix. Alors, alors seulement je m’endormirai. Tôt le matin, tu entendras les enfants jouer. Doucement, avec un gant d’eau chaude, tu me nettoieras en veillant à ne pas me réveiller. Sans bruit, tu descendras faire le petit déjeuner. C’est seulement quand tu prépareras le déjeuner que je descendrai à moitié endormie. J’ouvrirai le frigo et, faussement énervée, je dirai : « Chéri tu as encore oublié la crème fraîche !… »


Frédérique Vianlatte (mars 2009)

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DES MOIS PRECEDENTS

IMMOBILE AU PARADIS

D
ans le bus
T
u t’es endormie
C
ontre mon épaule
J
e n’ai pas dormi
Je n’ai pas bougé
De la nuit
J’avais retrouvé mon bébé
J’étais immobile au paradis

– Frédérique Vianlatte (février 2022)

Trintignant Roanne Théâtre

Je ne peux plus parler
Je ne peux plus pleurer
J’ai vu la mort
J‘aime la vie plus encore


– Frédérique Vianlatte (mars 2013)

N’y pensons plus

N’y pensons plus mon amour. Cette nuit… l’alcool… N’y pensons plus. Les chiens qui aboient, les voisins hébétés, les pompiers énervés : c’est déjà loin! N’y pensons plus. Savourons ce café face à la mer, ne regardons plus ces regards effarés, laissons ahurir les ahuris et cherchons un autre lieu, une autre plage. Nous avons trop ri. Nous avons trop dansé. Nous nous sommes trop regardés. Nous avons trop joué. Je n’aurais pas du, quand la lune nous éclairait encore, sous ta jupe, laisser mon doigt te mouiller. Tu n’aurais pas dû, fière et rebelle, glisser dans mon short étriqué ton string maculé. N’y pensons plus. Oublions ce moment de folie, cette pleine lune dans les dunes. Nus et joyeux, nous avons fait l’amour dans l’eau salée. Tu as crié pourtant mais pas assez pour couvrir le bruit des vagues. J’ai bu à tes seins l’eau de jouvence et entre tes reins tenu la cadence. Tu as crié encore, mais moins fort que le vent qui dansait dans tes cheveux. Nous avons couru pour nous réchauffer puis, épuisés, nous avons roulé enlacés au bas de la dune.Tu me voulais encore, ouverte comme les portes du paradis, chaude comme les portes de l’enfer. Au fond de ta grotte, un doigt puis deux, puis trois, quatre enfin, mais tu n’as pas voulu jouir car, au fond de ta bouche, lentement, mon désir se ravivait. Alors ivre de vents, de sables, de désirs et d’alcool tu t’es agenouillée face au soleil qui se levait. Tu as écarté tes fesses et je suis venu dans le temple interdit. Je t’ai chevauchée. De toute ton âme tu as hurlé; de tout mon être je t’ai aimé, mais de toi, je n’ai pu me séparer. Nous avons dû, au petit matin, rentrer à moitié nu, totalement encastré l’un dans l’autre, ma main sur ta bouche ne parvenant pas à étouffer les cris de plaisir qui, malgré toi, jaillissaient à chaque pas. Non mon amour, n’y pensons plus. Partons  ! Et, sans aucun remord, ce soir, recommençons.

Frédérique Vianlatte (mars 2010)

L’ETERNEL RETOUR

Les courbes de ton corps
Chantent l’amour
De l’aube à l’aurore

Frédérique Vianlatte (Février 2021)

TON CUL

Ton cul
Est un arc-en ciel
Qui embrasse une aurore boréale

Frédérique Vianlatte (Mars 2012)

LA JOUISSANCE

La jouissance, c’est l’extase sans le divin, l’accès à l’au-delà à portée de bouche. Le corps n’emprisonne pas l’âme, il la libère en la connectant au sublime. Nous ne sommes pas uniquement les esclaves du boulot ou les prisonniers du chômage. Nous sommes, surtout, chacun d’entre nous, des êtres uniques, des Dieux irremplaçables qui accédons au paradis à chaque fois que les chemins du sexe nous conduisent au plaisir. L’humanité n’est pas libre si le sexe reste prisonnier

Frédérique Vianlatte (extrait de « Pour résister au capitalisme faisons la sieste ». L’Harmattan.)

LE BUT

J’ai tout. Tout ce que je voulais étant enfant. L’argent, le pouvoir, la reconnaissance. Je n’ai jamais triché, jamais trahi. Je n’ai jamais été trahi non plus. Aucun ami. Des collaborateurs, des flatteurs, des flattés, des domptés, mais personne sur qui compter. Pas d’amour non plus. Des conquêtes, des défaites, des prostituées, des énamourées, mais personne avec qui partager. J’ai tout sauf ce qui compte vraiment. Pourquoi, mais pourquoi, ne me suis-je pas fixé un autre but ?
Frédérique Vianlatte (mars 2021)

SECHERESSE

Laisser pleurer
Les morts de son corps
Pour ne plus être
Noyé par les larmes
Qui ne coulent plus

Frédérique Vianlatte (mars 2021)

SEIN VALENTIN

Il était beau. Il était le sein droit d’une femme gauche. Il s’en foutait, il ne faisait pas de politique ! Mais quand une balle perdue de la police maladroite le toucha, il hurla de douleur et elle passa l’arme à gauche.

Frédérique Vianlatte (Mars 2020)

SONNERIES


Big Ben
Bon sang
Betty
Nous avons
Baisé
A Big Ben

Big Ben
Bon Sang
Benny
Ce n’était rien
Demain
Big bang
A Bali

Frédérique Vianlatte (Février 2021)

Nezance

Une fleur violette nageait dans les yeux bleus d’un vieux volet. Ce dernier détestait les épinards, alors il ne mangeait pas de poissons rouges. Il était père et maire, mais son imper n’avait jamais vu la mer. Ses enfants, sa femme, son chien, son cor au pied l’avait quitté. Il était désormais le seul habitant de sa commune. La solitude, pensa-t-il soudain, c’est comme un film sans image ou un café au lait sans café : inexorablement con! Cette pensée le fit sortir de ces gonds et il alla se disloquer 10 mètres plus bas, au pied de cette ruine qui jadis avait été un château. Libérée, la fleur violette quitta les yeux du vieux volet et s’envola gracieusement dans les cieux : le rhinocéros était né!

Frédérique Vianlatte (Mai 2002)

FUMONS UN PÉTARD LE 14 JUILLET

Les pétards, ça fait du bruit, ça pue, c’est con. Plutôt que nous lancer à la gueule des ersatz de bâton de dynamite, célébrons notre nation le joint à la main. Le pétard est doux, pacifique, il sent bon. Offrons un joint à notre prochain. Ce n’est pas bon pour la santé, mais putain que c’est bon pour le moral ! Prolongeons le feu d’artifice par un peu de paradis artificiel avant de mélanger nos fesses. Avec le joint, je me réjouis, tu me rejoints et nous jouissons.

Frédérique Vianlatte (extrait de « Pour résister au capitalisme faisons la sieste », L’Harmattan)

CARREFOUR

C‘était un homme qui aimait les femmes. C’était une femme qui aimait les hommes. Ils se sont croisés, reniflés, entremêlés. Ils se sont aimés. Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ! Puis ils se sont lassés, déchirés, détestés. Un peu, beaucoup, passionnément à la folie. Elle n’ a plus aimé aucun homme. Il n’a plus aimé aucune femme. C’est un homme qui aime les hommes. C’est une femme qui aime les femmes.

Frédérique Vianlatte (Mars 2011)

Autrefois

Oui, je me souviens. C’était aux temps anciens, aux temps où le temps n’était pas compté où l’amour n’était pas une marchandise où l’homme n’était pas esclave de la machine. Un temps où les saisons étaient réglées comme du papier à musique. Un temps où le climat n’était pas une menace, l’autre un danger, la démocratie une utopie. Un temps où l’on pouvait encore croire au futur, un temps où le passé n’était pas une légende. C’était l’époque où le numérique n’avait pas encore tué l’utopie.

– Frédérique Vianlatte (Juillet, 2020)

Immoral

Ils se sont rencontrés dans un club libertin. Elle avait perdu ses bas, il ne retrouvait plus son haut. Il l’a prise sans bas, elle grimpa tout en haut. Mais comme il pleurait tout bas, elle lui enleva le bas, il lui ôta le haut. Il se fit bonobo, elle en fut baba. Pour la première fois, il y eut une seconde fois. Puis une autre. Puis une autre. Ils ne se séparèrent plus, abandonnèrent conjoints et enfants. Ils vécurent très heureux et prirent beaucoup de temps à mourir de plaisir.

– Frédérique Vianlatte (Juin, 2020)

Pas une larme
C‘est l’été. Il fait chaud. Ils s’aiment sans maillot. C’est ton pote, c’est ma femme. Je les tue sans sanglot.

– Frédérique Vianlatte (Mai, 2020)


Permis des sens

Sans peur et sans reproche
Tu approches
Fière et nue
Tes sens uniques
Laissent
Mes sens interdits

– Frédérique Vianlatte (Avril 2020)

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