CE MOIS
UN JOUR
Un jour, j’ai dormi avec toi
Je me réveille dans tes bras
Onze ans ont passé
Un rêve!
Frédérique Vianlatte, inédit (mars 2000)
LES MOIS PRÉCÉDENTS
LA COULEUR DE L’AMOUR
Un sourire mutin. Deux bas blancs. Un string de la même couleur. Des bracelets d’argent qui cachent des poignets d’ébène. Deux balconnets jaunes, brodés qui soutiennent discrètement une gorge vertigineuse où dort une médaille de Saint Christophe. Ma princesse congolaise éclabousse de lumière cette chambre où le soleil, admiratif, se cache en silence.
Sur ses bras nus, je presse une orange. Entre ses seins, j’écrase une fraise gorgée de pluie. Sur son nombril, je dépose une cerise. Contre ses hanches, je frotte deux rondelles d’ananas. J’enduis ses grandes lèvres de crème fraîche. Je lèche. D’abord les bras, puis les hanches. Je dévore la cerise, passe le noyau sur son clito, avale ses hanches, roule mon sexe contre le sien. Elle l’aspire, le recrache, l’avale à nouveau. Je jouis.
Elle dégorge ma cyprine sur mes fesses neigeuses. Écrase une banane sur ma nuque. Plonge ses seins dans la sangria et me laboure violemment le dos. Une carotte entre dans son sexe et, soudain, pénètre dans mon anus. Je cris. Elle rit. Une glace vanille fond sur ma poitrine. Elle la regarde glisser sur mon ventre rond en défaisant son string. Elle le glisse entre ses cuisses, une framboise à la bouche. Soudain, la framboise explose. Elle jouit.
Elle me bande les yeux avec ses bas. J’entrevois à peine sa chatte qui miaule dans ma bouche. Sauvage, elle me serre dans son étau. Ne bouge plus. Puis se désempale. Mordille mes fesses. Couvre mon corps de baisers chocolat. Se retourne, m’offre sa croupe. Je la chevauche en glissant un doigt dans chaque ouverture. Elle hennit. Me désarçonne. M’attache les mains avec son soutien gorge. Glisse longuement le sextoy le long de mes fesses. Je n’en peux plus désir. Elle rit. Continue en se massant les seins. Ma caverne me fait mal tellement j’ai envie d’être emplie.
Elle me nargue, retire violemment la carotte, prend ses fesses à pleines mains, montre son anus dilaté qui, lentement, absorbe le légume. Je deviens verte de rage, m’agite et parviens presque à retrouver l’usage de mes mains. Elle prend un verre de Tia Maria. Le boit. Ne l’avale pas. Me l’injecte dans la bouche. Recommence. Recommence encore. Maintenant, son sexe joue avec le mien. Sa folie me gagne. Nos bras, nos cœurs, nos jambes, nos fesses, nos sangs, nos sexes se mêlent, se démêlent, s’entremêlent. Je suis femme, elle est homme. Elle est blanche, je suis noir. Je suis jouissance, elle est jouissance. Nous explosons dans un feu d’artifice multicolore.
Frédérique Vianlatte, inédit (mars 1999)
Comme un oiseau
Le jour se lève
Ton cul se soulève
Mon plaisir s’envole
Frédérique Vianlatte, inédit (mars 2012)
La drogue la plus puissante du monde est en vente libre pour Noël
Drogué. Je suis, vous êtes, nous sommes tous drogués. Méchamment drogués, aliénés jusqu’à la moelle, addicts à ne plus pouvoir vivre sans notre doux poison quotidien. Dès le réveil, il nous faut notre dose, dans le train, le taxi ou même en vélo nous prenons un nouveau shoot. Au bureau, au resto, sur le trajet du retour encore quelques prises extatiques. Tous les jours de la semaine, le week end et en vacances nous nous adonnons à cette addiction. Pire, comme nous aimons ça, nous encourageons nos enfants, dès leur plus jeune âge, à voyager loin des turpitudes du monde. Cette addiction n’est pas le signe de la décadence d’un Occident trop longtemps arrogant, non, elle est mondiale, universelle, partagée par les pays riches et les pays pauvres, ceux du Nord et du Sud, de l’Ouest et de l’Est. Tout le monde, partout peut aujourd’hui peut devenir accroc à cette drogue surpuissante : le smartphone.
Le smartphone est, en effet, une véritable addiction. Ce terme est difficile à définir, mais le processus qu’il désigne est heureusement très simple à détecter : Si tous les matins on a besoin d’un petit joint pour bien démarrer la journée : on est addict. Si tous les soirs pour trouver le sommeil on a besoin d’un grand verre de whisky, on est addict. En d’autres termes, dès qu’on ne peut plus se passer d’utiliser une substance tous les jours, dès que l’on se sent mal, désorienté, perdu dès qu’on a plus accès à quelque chose : on est addict. Or, combien d’entre nous peuvent, aujourd’hui se passer de leur smartphone ? Oui, hélas, le test est clair : la grande majorité d’entre nous est aujourd’hui addict, aliéné, drogué au smartphone.
Est-ce si grave docteur ? Oui, car comme tous les psychotropes, cette drogue à des effets néfastes. Un, elle contribue à la crise écologique car certains de ces constituants sont polluant, à l’image des batteries au lithium. Deux, elle cause des troubles avérés de l’attention chez les tout petits c’est pourquoi l’organisation mondiale de la santé (OMS) recommande d’interdire les écrans avant trois ans. Trois, elle nous coupent de l’interaction avec les autres, chacun tête baissé ignorant le milieu qui l’entoure, ce qui conduit à la généralisation de ce que Dominique Wolton nomme des « solitudes interactives ».Quatre, elle nous conduit à troquer nos data personnelles contre une dose de divertissement toujours plus centrée sur nos goûts car, justement basées sur nos données intimes. Nous devenons ainsi peu à peu prisonnier de notre propre reflets, esclaves d’une machine qui nous enchaine à elle par le plaisir qu’elle nous procure grâce au viol de notre vie privée. Enfin, elle favorise la circulation de fausses informations qui circulent beaucoup plus vites que les vraies, ce qui sapent le fondement même de la démocratie : le débat critique informée.
Vous me direz que cette drogue, contrairement à d’autres saloperies, ne tue pas. Même si elle provoque (trop) souvent des accidents (de circulation notamment), elle ne menace pas directement notre survie. C’est vrai, le smartphone ne menace pas la vie de l’individu, mais il détruit tout ce qui en fait la saveur : notre liberté.
Frédérique Vianlatte, Billet paru dans le blog de la revue Hermès le 24 janvier 2024
https://hermes.hypotheses.org/8808
ATTENTE
Quarante-huit
Deux fois vingt-quatre
Quatre fois douze
Longues minutes
Avant de te serrer
Dans mes bras
Chambre 48
Frédérique Vianlatte, inédit (février 2021)
TOCUMEN INTERNATIONAL 4
Il ne pleut plus sur Panama
Il fait déjà nuit à Paname
Sans toi mon âme
Je ne suis qu’un couteau sans lame
Un manchot qui perd son bras
Frédérique Vianlatte, inédit (février 2024)
L’hiver est plus doux avec du paprika
Au dessus du vide
En dessous de tout
J’attends
Frédérique Vianlatte, inédit (mars 2010)
TON CUL
Ton cul
Est le volcan
Où Vulcain
A forgé l’amour
Frédérique Vianlatte, inédit, (mars 2011)
COMMENT
Il ne savait pas pourquoi, il ne disait jamais pourquoi. Elle lui a demandé pourtant, bien des fois. Mais il ne le savait pas. Petit à petit, elle prit cette non réponse sincère pour un stratagème. Elle voulut en avoir le cœur net. Pour le faire parler, elle le menaça de son revolver. Comme il ne sut toujours pas répondre. Elle tira. Il mourut dans ses bras, sans un mot, mais ses yeux demandaient : pourquoi ?
Frédérique Vianlatte, inédit, (février 2023)
CHANT A TRAVERS CHAMPS
Nous avions tant marché
Sur l’ ancienne route
Que le soir harassés
Sans un baiser
Nous avons sommeillé
Mais le matin nous a souri
Et sur la nouvelle route
Nous avons chanté enchantées
Un petit cuni de bon matin
Purée que c’est bien
Un petit cuni de bon matin
C’est fou comme çà met en train
Tant que l’amour nous unira
Tant que nos jambes nous porteront
Nous découvrirons le monde
Et nous irons chanter malgré l’adversité
Les beautés de la féminité
Frédérique Vianlatt, inédit, (février 2025)
PRENDRE LE TEMPS DE LE PERDRE
Le bonheur perdu ne se rattrape pas
Baisons buvons et rêvons encore
Les caresses gagnées ne se perdent jamais
Frérédique Vianlatte (mars 2002)
ACCORDS
Au creux de ton corps
A corps et à cris
Je prie en corps
Tu cries encore
Frédérique Vianlatte, inédit (mars 2014)
AU BOUT DE LA NUIT
Corentin, Flavie et Anne sont en fac de lettres. Ils se disent amis mais, en réalité, Corentin aime Anne qui aime Flavie qui est amoureuse de Corentin.
Ils sont dans un pub du centre de Rennes. Il est 2h du mat, la bière a coulé à flot. Ils sont grisés. C’est le début du printemps, la nuit est encore fraîche, mais le ciel est dégagé. Ils sont dans la rue. Ils suivent un homme d’une trentaine d’années, très beau et visiblement très gay, qui les invite à venir dans un club privé…
A peine arrivées, Anne et Flavie se lancent sur la piste de danse. Elles sont joyeuses, se sentent belles et désirables. Elles se déhanchent, s’attirent, se regardent, rient, se touchent, dansent ensemble et s’éloignent l’une de l’autre pour aller parmi les autres danseurs…Dans ce jeu, parfois, un homme s’approche, tente une invitation, qu’elles dédaignent…Un slow maintenant. Anne se rapproche de Flavie, l’enlace, le visage dans ses cheveux, se laissant aller au balancement de ce corps qui l’enivre. Elle se sent à fleur de peau, sensuelle…Flavie connait les sentiments de son amie et regarde les hommes autour d’elle, leur lance des œillades. Anne ne fait qu’une avec Flavie qui… se laisse inviter par un jeune homme. Anne se sent un peu perdue mais se retrouve aussitôt dans les bras d’un homme grand et mince, tout en fluidité, qui semble se fondre en elle. Il est léger, aérien. Se laisser porter par le rythme de ce corps lui est si agréable qu’elle oublie son désarroi. Il la serre un peu plus, descend ses mains le long de son dos dans un mouvement doux. Elle laisse faire, cela fait longtemps qu’elle ne s’est pas laisser aller dans les bras d’un homme, c’est pourtant si bon…
Flavie, elle, se sent comme une petite chose fragile réfugiée dans des bras réconfortants. Elle aime l’assurance qui se dégage de se corps massif…Ils sont collés l’un à l’autre. Sa tête repose sur l’épaule de l’homme qui regarde, fasciné, son cul dans le mur miroir tandis qu’elle ne peut s’empêcher de fixer Corentin…
Depuis le début des slows, ce dernier les contemple…quand pourra-t-il inviter Anne ? Il a du mal à supporter de la voir danser si sensuellement avec ce parfait inconnu…et Flavie, qui le regarde comme si elle était seule au monde ! Que cherche-t-elle au juste A rendre jaloux l’homme qui est dans ses bras ?
Le slow se termine, il s’avance vers Anne pour l’inviter. Anne accepte mais se lance dans un slow dynamique et rieur, à la grande déception de Corentin qui aurait préféré un encastrement plus doux et sensuel. Flavie s’est assise sur le bord de la piste. Anne lui sourit quand elle croise son regard…
La danse suivante est plus rythmée et Anne se sépare de Corentin et invite Flavie à venir les rejoindre. Miguel, l’homme qui les a invité dans ce club, se joint au trio. Ils dansent les uns avec les autres, passant de l’un à l’autre dans un jeu de séduction, s’effleurant, se humant, se touchant, se frottant parfois les uns aux autres. Émoustillés, les deux jeunes hommes qui avaient dansé les slow avec Anne et Flavie se mêlent au quatuor. L’un, celui qui est, grand, mince, fluide se nomme Matthew; l’autre, brun et massif, au teint mat et cheveux longs s’appelle Tom. Quatre hommes magnifiques autour d’Anne et Flavie qui s’amusent et s’enivrent de ces désirs qui convergent vers elles.
Il fait chaud et soif. Ils vont tous s’assoir. Anne se colle entre Flavie et Matthew. A côté de lui, Corentin ne quitte pas Anne des yeux. Elle est passablement ivre. Miguel propose du champagne et tombe sur son ex. L’entrevue est courte mais orageuse. Miguel vient vers le groupe en essayant de parler d’un ton léger, mais ses yeux sont embués de larmes. Flavie se lève et, tout doucement, vient lécher les larmes du jeune homme. Anne veut faire pareil mais, trop grisée, tangue et renverse sa coupe sur la robe de Flavie et le pantalon de Miguel. Tous trois partent se laver « dans les WC pour hommes » car celui des filles est toujours occupé. Dix minutes passent, Tom et Matthew ont fini leurs coupes en échangeant des banalités avec Corentin qui a de plus en plus de mal à se concentrer sur la conversation. Il se lève à son tour. Il ne sait pas trop où son les WC. Il demande à un serveur, mais ne comprend pas la réponse. Il se contente de suivre la direction indiquée par le doigt. Il se retrouve devant deux escaliers. Il en prend un par habitude – quand tu ne sais pas choisis toujours la gauche lui disait son père, militant communiste. La descente semble interminable. Il fait très sombre. Corentin cherche l’éclairage mais ne le trouve pas. Il aperçoit juste une faible lueur provenant d’un chandelier. Il accélère pour se rapprocher de la lumière, mais heurte soudain, une vitre transparente. Son nez saigne, mais il ne peut détacher son regard des corps enchevêtrés qui se consument derrière la vitre. Aucun son, juste la pénombre où danse des corps d’hommes et de femmes qui se lèchent, se malaxent et se pénètrent dans un ballet démentiel. S’habituant à l’obscurité, il perçoit à côté de lui un homme qui se masturbe. Dégoûté, il songe à remonter quand il semble apercevoir Miguel. Oui, c’est bien Miguel. Il pompe à pleine bouche un sexe immense tandis qu’une jeune fille qui a la même robe qu’ Anne l’avale goulûment. Corentin veut en avoir le cœur net, il frappe désespérément sur la vitre dans l’espoir que la jeune fille se retourne, mais soudain une main ferme arrête son geste. « Tu vas te fracasser les poings mon grand, dit le videur. Si tu supportes pas le spectacle, la sortie, c’est par là ». Penaud et ivre de colère, Corentin remonte les escaliers quatre à quatre. Débouchant soudain sur la piste, il tombe sur Matthew et Anne serrés langoureusement alors que le reste de la piste se déchaîne. Soulagé plus que jaloux, il fait une bise sur le front d’Anne qui lui dit en riant : j’ai changé de robe avec une fille encore plus saoul que moi. Elle est un peu petite mais elle me va bien non ? Corentin approuve et veut fêter ça avec une nouvelle coupe de champagne, mais visiblement il dérange : Tom et Flavie s’embrassent à pleine bouche et ne veulent plus contrôler leurs mains. « Si vous voulez baiser, allez en dessous, hurle-t-il mi figue mi raisin. J’aimerais pouvoir boire mon champagne tranquille ! » « Chiche », dit Flavie défiant Corentin du regard ! « C’est ton cul, tu en fais ce que tu veux », répond Corentin méprisant. Flavie se lève, regarde intensément Corentin, puis s’en va en tenant par la main Tom. En passant, elle glisse un mot dans l’oreille d’Anne qui, à son tour, entraîne Matthew et tous les quatre sont happés par l’immense escalier. Celui de droite….
Tout est molletonné. Entremêlement de voix, de cris, de chuchotements, de musique… des sons surgissent d’on ne sait où. La lumière est douce. Ils arrivent dans une pièce circulaire, pleine de miroirs, avec huit portes. Au hasard, Anne va vers celle qui est en face d’elle, mais elle ne s’ouvre pas. Matthew veut ouvrir celle qui se trouve juste à sa droite, mais elle lui résiste encore…Tom en essaye une autre, sans plus de succès. C’est à ne rien y comprendre ! Ils partent d’un éclat de rire qui devient de plus en plus ample, ils sont éclats de rire ! Soudain, les portes s’ouvrent toutes, les unes après les autres…des hommes et des femmes, tous plus magnifiques les uns que les autres, nus mais vêtus d’accessoires, bijoux, chapeaux, plumes, éventails, foulards, lunettes, bottes, cravates…se mêlent à eux, les enlacent, les embrassent, les ravissent de caresses, de sensations qui vont crescendo jusqu’à l’explosion avant que cela ne reprenne… Le champagne coule à flot, dans les bouches et sur les corps. Nos deux couples, parfois éparpillés, parfois rassemblés ne peuvent plus rien identifier, tant les limites de leur corps ne leur appartiennent plus. Chacun va de bras en bras, de langue en langue, de sexe en sexe, ne distinguant plus les hommes des femmes, se laissant aller à un plaisir infini. Un rêve sans durée, tout en intensité. Soudain, un gong retentit. La fête est finie. Il faut se rhabiller. Anne et Flavie trouvent plus rapidement leurs vêtement que Tom et Matthew. Ils remontent toutefois ensemble, silencieux, a la fois, gênés, épuisés et ivres de sensations inconnues.
Il est 6 heures du mat. Anne et Flavie donnent leurs numéros de téléphones à leur compagnon d’un soir. Ils se quittent en se faisant la bise, comme si rien ne s’était passé, comme si tout entre eux était encore à venir. Flavie et Anne échangent un coup d’œil complice, il va falloir expliquer tout cela à Corentin maintenant. Où est-il d’abord ? Chacune de son côté part à sa recherche. Flavie finit par le découvrir, allongé, ivre mort, au pied d’une banquette d’où il est visiblement tombé. D’ailleurs, quand on le relève son nez saigne encore. Anne demande de l’aide au videur qui fournit du sopalain en les mettant presque à la porte : « quand on ne supporte pas l’alcool »…
Corentin se sent mal. Sa tête pèse une tonne, son nez lui fait mal et tout tourne autour de lui. Il passe un bras autour du cou de Flavie, un autre autour de Anne et le trio, cahin-caha, avance dans les rues pavées du centre ville. Le soleil va bientôt se lever. Corentin, veut, tour à tour, vomir, dormir sur le premier banc venu, se suicider, épouser Anne, implorer pardon à genoux Flavie pour ses proposes désobligeants. Doucement, les filles soutiennent Corentin, le persuade de poursuivre jusqu’à son appartement à 500 mètres à peine, lui disent qu’elles l’aiment aussi, qu’elles pardonnent tout. La demie sonne quand les filles arrivent au pied de l’immeuble bourgeois où une vieille dame partage son F4 avec Corentin. Ce dernier doit s’occuper de l’entretien de l’appartement et manger au minimum cinq fois par semaines avec la propriétaire, en contre partie, il ne paie aucun loyer. Du coup, l’argent envoyé par ses parents lui permet de sortir. C’est la première fois qu’il rentre dans cet état. Comment va réagir l’ancêtre ? Elle n’est pas encore levée, mais il est incapable de se coucher sans bruit : « je vois trois serrures ! » Bonnes pâtes, les deux filles entreprennent avec lui la périlleuse aventure. Flavie ouvre la porte de l’immeuble et appelle vite l’ascenseur tandis que Anne empêche Corentin de tomber. L’arrêt, plutôt brutal, de l’ascenseur fait vomir à nouveau Corentin. Cette fois, c’est Anne qui ouvre la porte de l’appartement tandis que Flavie soutient seule Corentin. Elles ne sont jamais venues et ne connaissent pas les lieux.
-Où est ta chambre ?
-C’est vrai vous venez baiser toutes les deux avec moi ?!
-Non idiot, on veut juste t’accompagner dans ta chambre pour que tu ne réveille pas la veille qui t’héberge. Attention si tu parles encore aussi fort on te laisse tomber et tu te démerderas avec ta Colonelle !
-Elle n’est pas…
-Chut ! Alors ta chambre ?
-Au fond du couloir à droite ! Non à gauche ! J’sais plus mais c’est au fond du couloir…
Anne se dévoue. Elle ouvre tout doucement la porte du fond à droite : les chiottes ! Celle du fond à gauche : c’est celle de la propriétaire qui ronfle comme un sonneur !
-Hi !Hi, je vous ai bien eu, la chambre est là, juste là.
Les deux filles font mine de le laisser tomber, mais ils s’accrochent vigoureusement à elles. Le trio pousse la porte en face. Les rideaux ne sont pas tirés, les filles le jettent plus qu’elle ne le posent sur le lit à baldaquin. Elles lui font la bise et s’apprêtent à partir, mais il les supplie de l’aider à se déshabiller. Elles ne l’ont jamais vu nu. N’étant plus à une expérience nouvelle près, elles entreprirent, en chuchotant, de lui ôter ses habits. Pour chaque habit enlevé, elles se concertent pour mettre une note : 4/10 pour les chaussures, 2/10 pour les chaussettes, 6/10 pour la chemise, 8/10 pour le pantalon( c’est un cadeau conjoint de Anne et Flavie offert pour les 22 ans de Corentin), et pour le caleçon : 12/10 ! En effet, sort fièrement du dernier morceau de tissu coloré, un chibre long et ferme. Une merveille comme elles n’en avaient pas vu de toute leur soirée pourtant fort riche en la matière. Finalement, malgré le lever du jour, la longue nuit pourrait bien se prolonger….
Frédérique Vianlatte, inédit (mars 2013)
A MORT L’AMOUR AMER
L’amour est un orage sans nuage
Un présent sans avenir
Un éternel éphémère
Frédérique Vianlatte, inédit (février 2022)
CONTE TOUJOURS
Aux bois dormants
Nous irons nous aimer
Aux bois dormants
Pour l’éternité
Frédérique Vianlatte, inédit (mars 2010)
SEUL
Je suis un soleil à la dérive
Un astre mort dans un trou noir
Un néant infini
Qui se noie dans l’infini néant
Frédérique Vianlatte, inédit (mars 2010)
PERVENCHE
Sans peur et sans reproche
Tu approches
Fière et nue
Tes sens uniques
Laissent
Mes sens interdits
Frédérique Vianlatte, inédit (mars 2011)
LA VOIE LACTÉE
Sur les sentiers lisses
De tes cuisses réglisses
S’immisce lascive
La salive salée
De ma langue lustrée
Fréderique Vianlatte, inédit (mars 2011)
DANS TES YEUX
–
Dans tes yeux il y a
Les feux de l’amour
Le noir de la mort
Dans tes yeux il y a
Les pleurs de l’ange perdu
Les rires de la diablesse retrouvée
Dans tes yeux il y a
La fierté de la mère
La honte de l’amante
Dans tes yeux il y a
La fierté de la mère
La honte de l’amante
Dans tes yeux il y a
Celui qui t’a aimé
Celle qui t’aimera
Celui qui s’en va souvent
Celle qui reviendra toujours
Dans tes yeux
Il n’y a que moi
Mon amour
Fréderique Vianlatte, inédit (mars 2012)
Règle de l’amour pendant les règles
-Quelles règles pour l’amour ?
-Aucune !
-Et pendant les règles ?
-Une seule !
-Laquelle?
-L’imagination au pouvoir !
Fréderique Vianlatte, inédit (février 2018)
COMPLOT
Ne pas trop y croire
C’est y croire un peu
Et y croire un peu
C’est déjà trop
Fréderique Vianlatte, inédit (février 2024)
APESANTEUR
Poser mes mains sur tes hanches
Plonger dans tes abîmes lumineux
S’envoler vers d’obscurs plaisirs
Frédérique Vianlatte, inédit (mars 2011)
GOD IS LOVE
Un gode dans le cul
Un gode dans le con
Nous montons AU PARADIS
Gode is God !
Frédérique Vianlantte, inédit, (fevrier 2024)
LA SAUVAGERIE D’UNE FRAISE DANS UNE COMPOTE DE POIRE
Mon âme est nue
Mon corps à vif
Pourquoi le manteau de la solitude est-il si lourd ?
Frédérique Vianlantte, inédit (mars 2010)
DANS TES YEUX
Dans tes yeux
Les feux de l’amour
Le noir de la mort
Dans tes yeux
Les pleurs de l’ange perdu
Les rires de la diablesse retrouvée
Dans tes yeux
La douleur du désir
Les pleurs de plaisir
Dans tes yeux
Ceux qui t’ont aimée
Celle qui t’aime
Dans tes yeux
Celle qui s’en va souvent
Celle qui te reviendra toujours
Frédérique Vianlatte, inédit, (aout 2023)
MÉTAPHYSIQUE
Qui pense pour qui ?
Qui panse qui ?
Qui pense ?
Qui ?
Frédérique Vianlantte,, inédit (mars 2017)
Être simple est souvent compliqué
Je me réfléchis dans le miroir
Pour
Ne plus réfléchir
Être compliqué est souvent trop simple
Frédérique Vianlatte, inédit (avril 2023)
MASSAGE SECRET
Le défilé matinal des petits veinards se rendant au boulot dans leur auto soigneusement astiquée le week-end me réveille. Elle est sous la douche. Huit jours que nous n’avons pas fait l’amour ! Sous le lit, négligemment allongé dans la poussière, un vieux Playboy. Le texte est anglais, mais je ne cherche pas à traduire. Je la cherche elle, la petite agent des forces de l’ordre qui s’effeuille pour eux les hommes. Est-ce qu’elle s’imagine, derrière ses yeux verts amande un rien moqueurs, que des femmes aussi se masturbent en regardant ses vêtements tomber, ses porte-jarretelles glisser ? Oui, je pense que oui, à bien regarder là, au-dessus des seins enjôleurs qui s’évadent du soutien-gorge bleu nuit, le petit sourire amusé que l’on devine dans le miroir reflétant sa toison de fausse blonde. Dans la rue, les poubelles passent et réveillent les enfants, ma main s’arrête interdite. Je l’entends qui descend les rassurer, elle joue avec eux. J’ai du mal à me concentrer. Je tourne les pages, tombe sur un cul pleine page et reviens, empli d’une nouvelle vigueur, à mon agent de police new-yorkaise. J’imagine la tête de ses collègues, hommes et femmes, des malfrats qu’elle va conduire devant le juge, des putes dont elle va contrôler l’identité. Combien doivent-elles faire de passes pour toucher l’équivalent d’une séance de photo pour Playboy ? Combien de personnes, en ce moment, se branlent en la regardant ? Dans 30 minutes, je dois prendre le train. Je regarde son arrière-train à elle, ses wagons généreux, je pense à mon amour à sa langue délicate qui caresse mon intimité tandis que ses mains vernies soulignent mes seins. Le plaisir monte. Je regarde de nouveau la dernière photo, celle devant le miroir. Elle ne cambre pas assez les reins à mon goût, mais son petit sourire satisfait disant « Tu fais durer le plaisir ma grande aujourd’hui ?! Tu as raison, profites encore de mon petit cul d’amour », allié au souvenir enflammé d’une bouche qui m’aspire vers la félicité ont raison de mes dernières réticences. Je jouis. Vite, sans grand plaisir. Mais, c’est revigorée que j’essuie mon sexe avec les draps du lit avant d’enfiler, à la hâte, mes habits de psychothérapeute devant témoigner à Paris de la misère sexuelle en province…
Frédérique Vianlatte extrait du recueil de nouvelles « Communiquons », non publié.
Comme un Ouragan
Quand dans le fleuve de ma vallée
Vient nager ton fier canoé
Mes seins timides deviennent sauvages
Ma bouche humide devient orage
Frédérique Vianlatte, inédit (février 2023)
MAGIE
Longtemps après
Que tu m’aies quittée
Résonne encore
Au tréfonds de mon corps
Au vif de ma vulve
Les cris
Ahurissants
De tes doigts
Hallucinés
Frédérique Vianlatte, inédit ( janvier 2023)
Jamais à la bonne taille
Il était jeune. Un beau visage. De l’humour, de la sensibilité. Mais il était gros. Obèse. Énorme. Pour se moquer, elle lui dit qu’elle accepterait de l’embrasser à condition qu’il perde 50 kg avant la nouvelle année. C’était impossible. Il faillit y perdre la vie. A l’hôpital, honteuse, flattée mais têtue, elle lui proposa une autre méthode. Plus douce, plus chaude : 10 kg de moins, il pouvait lui faire une bise dans le cou ; 20kg de moins, l’embrasser à pleine bouche ; 30Kg, lui caresser les seins, 40 kg, couvrir ses fesses de baisers ; 50 kg, plonger son sexe en elle. Il prit les conseils d’un diététicien et, tous les jours, alla à la piscine. Un an plus tard, il l’embrassait dans les drive-in. Dix-huit mois après, sur la plage, il passait l’ambre solaire sur ces seins en forme de poire sucrée. Neuf mois d’effort supplémentaires et, enfin, il allait pouvoir la dévorer tout entière de baisers fous, venir en elle et mourir de plaisir. Entre temps, bien sûr elle s’était fiancée, mais une promesse et une promesse, le parjure est un péché et elle voulait le paradis. Mais voilà, le jour J, malgré tout son désir à lui, malgré toutes ses caresses à elle, rien n’y fit. La panne, sèche, totale, désespérante. Fou de douleur, il décida de se suicider. De se laisser couler dans cette piscine source de tant d’efforts, cause de tant de douleur. Une dernière fois, il fit son sac. Une dernière fois, il prit son vélo. Une dernière fois, il monta l’escalier de la piscine municipale. Une dernière fois, il passa devant les yeux vides de la caissière. Une dernière fois, il se déshabilla. Une dernière fois, il avança à pas lents, pour ne pas tomber, dans le couloir qui mène au bassin olympique. Là, pour la première fois, il remarqua le sourire ensorceleur de la jeune femme de service. Ce fut le coup de foudre. L’amour fou. La femme de sa vie qui lui avoua, plus tard, que, depuis un ans déjà, elle ne cessait d’attendre le regard de ce jeune homme qui venait tous les jours et s’obstinait à porter un maillot de bain qui n’était jamais « à la bonne taille ».
Frédérique Vianlatte, inédit (mars 2014)
THE END
C’est fini
Je ne suis plus
Ce fragment d’infini
Qui t’aimais infiniment
Désormais
Je suis cette faim
Qui t’aimera
Jusqu’à la fin des fins
Frédérique Vianlatte, inédit ( mars 2009)
DOUCEUR INTIME, DOUCEUR CÂLINE
« On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même ». Sage proverbe
qui vaut aussi bien pour les cadeaux de Noël que pour les plaisirs de
l’amour. Votre petit ami ne pense qu’à lui ? Votre mari vous délaisse ?
Votre amant ne sait plus vous combler. N’hésitez plus, franchissez le
rubicond. Goûtez aux délices du plaisir solitaire ! Non, pas cette caresse
hâtive et honteuse que vous vous autorisiez parfois à la piscine. Non, non,
un vrai, un bon, un gros panard solitaire offert par la personne qui connaît
le mieux vos désirs les plus intimes : VOUS. Commencez par prendre
une douche. Fermez les yeux. Mouillez vos jambes, vos hanches, vos
fesses, vos seins. Nul besoin de vous caresser, sentez juste le
picotement agréable de l’eau qui ravive petit à petit chaque centimètre de
votre peau. Maintenant, prenez une éponge naturelle ou un gant très
doux et flattez les courbes de ce corps que vous redécouvrez lentement.
Puis savonnez-vous. Sentez-vous comment vos seins que votre amant
maltraite si souvent sont sensibles à la délicatesse ? Et l’intérieur de vos
cuisses, n’est-il pas chaud comme le souffle du désert ? Essuyez-vous
avec douceur. Parfumez votre corps d’essences différentes. Inspirez
profondément ces délicieux effluves qui émanent de votre corps.
Habillez-vous, faites-vous belle. Attention ! ne mettez pas ce que lui
préfère, mais ce que vous vous préférez. Si vous étiez un mec, comment
vous feriez-vous bander ? Voilà, parfait. Si vous le désirez, maquillez-
vous. Maintenant, vous êtes irrésistible. Vous allez vous faire craquer dès
la première étincelle. Mettez votre disque favori. Dansez, dansez. Oubliez
tout. Laissez parler votre corps. Pas d’autocensure, vous êtes seule, libre,
animale. Ne résistez pas, laissez vos mains vous parcourir et défaire vos
vêtements. Frottez votre corps contre le mur, le canapé, la moquette, le
guéridon. Plongez sous les draps. Votre corps sait ce qui lui convient,
laissez-le vibrer. Vos doigts ne vous appartiennent plus. La musique, les
parfums qui s’exhalent de votre peau vous enivrent. Vous n’êtes plus que
flamme, que soif avide. Vos seins crient de plaisir, vos fesses gémissent,
n’éteignez pas l’incendie ! Vos doigts vous emplissent déjà de tous côtés
et mènent une sarabande délicieuse et infernale. Jouissez sans modération.
Changez les draps et remettez votre tenue de tous les jours.
Il rentre. Il a envie de vous. « Non chéri, pas ce soir, en ce moment je
m’en passe très bien ». Un mois de ce régime et je vous promets qu’il
retrouvera les ardeurs d’autres fois. Mais gagnerez-vous au change ? Il
n’y a qu’une seule manière de le savoir….
Frédérique Vianlatte extrait du recueil de nouvelles « Communiquons », non publié.
ECOUTE
C‘est dans le silence
De ta langue qui enlace
Mon Lys
Que j’entends
Tes plus beaux mots d’amour
Frédérique Vianlatte (mars 2011)
DIVORCE
J’ai tout donné. Tu n’as rien reçu. Tu as voulu me voler mais c’est toi qui est nu. Tu m ‘as trompé, menti, humilié, je me suis contenté de dire la vérité au fisc…
Frédérique Vianlatte (1/12/2021 publié sur le site la Taverne des spores)
INSOMNIE
Je me suis réveillée cette nuit mon amour. Cette nuit comme beaucoup d’autres nuits. Mais cette nuit, à la différence des autres nuits, ce n’est pas l’angoisse du temps qui passe qui m’a troublée. Non, cette nuit aucune angoisse. Ce n’est pas non plus cette peur de passer à côté de ma vie. Non cette nuit aucune peur. Cette nuit, seulement du désir. Tu es ivre et tu ronfles. Tu as pris toutes les couvertures. Je te hais et pourtant je te veux. Si fort ! Mon corps tremble. J’ai envie de venir m’empaler sur ton balais magique, de chevaucher les nuages sauvages et, soudain, sentir jaillir en moi l’orage incontrôlé de ton plaisir insensé. Alors, folle encore de désirs inassouvis, j’enduirai mon corps de crème fraîche. Devant tes yeux étonnés, mes mains caresseront lentement mes seins lourds, mes hanches frémissantes, ma vulve ruisselante, puis je plongerai mon doigt crémé dans ton anus immaculé. Alors tu rebanderas mon amour. A nouveau, je planterai ton pieu orgueilleux au creux de mon intimité. Je deviendrai aviatrice et ton manche guidera l’avion de mes sens vers le ciel étoilé. Je ne sais qui de nous deux décrochera la lune le premier, mais ce que je sais, mon amour, c’est que je ne te laisserai pas souffler. J’emprisonnerai ta tête entre mes cuisses. Tu me lécheras. Longuement. Allongé nu devant moi, je contemplerai ton joli petit cul s’agiter. Tu auras froid mon amour, puis chaud, très chaud mon beau taureau. Alors, une dernière fois, je me cambrerai sur toi. Je ne penserai qu’à moi, qu’au plaisir que je t’arracherai. Ce sera long ou court, doux ou violent, doux et violent peut être, mais ce qui est sûr, mon bel ivrogne du samedi soir, c’est que je ne quitterai ta queue qu’heureuse et comblée, sans force et sans voix. Alors, alors seulement je m’endormirai. Tôt le matin, tu entendras les enfants jouer. Doucement, avec un gant d’eau chaude, tu me nettoieras en veillant à ne pas me réveiller. Sans bruit, tu descendras faire le petit déjeuner. C’est seulement quand tu prépareras le déjeuner que je descendrai à moitié endormie. J’ouvrirai le frigo et, faussement énervée, je dirai : « Chéri tu as encore oublié la crème fraîche !… »
Frédérique Vianlatte (mars 2009)
IMMOBILE AU PARADIS
Dans le bus
Tu t’es endormie
Contre mon épaule
Je n’ai pas dormi
Je n’ai pas bougé
De la nuit
J’avais retrouvé mon bébé
J’étais immobile au paradis
– Frédérique Vianlatte (février 2022)
Trintignant Roanne Théâtre
Je ne peux plus parler
Je ne peux plus pleurer
J’ai vu la mort
J‘aime la vie plus encore
– Frédérique Vianlatte (mars 2013)
N’y pensons plus
N’y pensons plus mon amour. Cette nuit… l’alcool… N’y pensons plus. Les chiens qui aboient, les voisins hébétés, les pompiers énervés : c’est déjà loin! N’y pensons plus. Savourons ce café face à la mer, ne regardons plus ces regards effarés, laissons ahurir les ahuris et cherchons un autre lieu, une autre plage. Nous avons trop ri. Nous avons trop dansé. Nous nous sommes trop regardés. Nous avons trop joué. Je n’aurais pas du, quand la lune nous éclairait encore, sous ta jupe, laisser mon doigt te mouiller. Tu n’aurais pas dû, fière et rebelle, glisser dans mon short étriqué ton string maculé. N’y pensons plus. Oublions ce moment de folie, cette pleine lune dans les dunes. Nus et joyeux, nous avons fait l’amour dans l’eau salée. Tu as crié pourtant mais pas assez pour couvrir le bruit des vagues. J’ai bu à tes seins l’eau de jouvence et entre tes reins tenu la cadence. Tu as crié encore, mais moins fort que le vent qui dansait dans tes cheveux. Nous avons couru pour nous réchauffer puis, épuisés, nous avons roulé enlacés au bas de la dune.Tu me voulais encore, ouverte comme les portes du paradis, chaude comme les portes de l’enfer. Au fond de ta grotte, un doigt puis deux, puis trois, quatre enfin, mais tu n’as pas voulu jouir car, au fond de ta bouche, lentement, mon désir se ravivait. Alors ivre de vents, de sables, de désirs et d’alcool tu t’es agenouillée face au soleil qui se levait. Tu as écarté tes fesses et je suis venu dans le temple interdit. Je t’ai chevauchée. De toute ton âme tu as hurlé; de tout mon être je t’ai aimé, mais de toi, je n’ai pu me séparer. Nous avons dû, au petit matin, rentrer à moitié nu, totalement encastré l’un dans l’autre, ma main sur ta bouche ne parvenant pas à étouffer les cris de plaisir qui, malgré toi, jaillissaient à chaque pas. Non mon amour, n’y pensons plus. Partons ! Et, sans aucun remord, ce soir, recommençons.
– Frédérique Vianlatte (mars 2010)
L’ETERNEL RETOUR
Les courbes de ton corps
Chantent l’amour
De l’aube à l’aurore
– Frédérique Vianlatte (Février 2021)
TON CUL
Ton cul
Est un arc-en ciel
Qui embrasse une aurore boréale
– Frédérique Vianlatte (Mars 2012)
LA JOUISSANCE
La jouissance, c’est l’extase sans le divin, l’accès à l’au-delà à portée de bouche. Le corps n’emprisonne pas l’âme, il la libère en la connectant au sublime. Nous ne sommes pas uniquement les esclaves du boulot ou les prisonniers du chômage. Nous sommes, surtout, chacun d’entre nous, des êtres uniques, des Dieux irremplaçables qui accédons au paradis à chaque fois que les chemins du sexe nous conduisent au plaisir. L’humanité n’est pas libre si le sexe reste prisonnier
– Frédérique Vianlatte (extrait de « Pour résister au capitalisme faisons la sieste ». L’Harmattan.)
LE BUT
J’ai tout. Tout ce que je voulais étant enfant. L’argent, le pouvoir, la reconnaissance. Je n’ai jamais triché, jamais trahi. Je n’ai jamais été trahi non plus. Aucun ami. Des collaborateurs, des flatteurs, des flattés, des domptés, mais personne sur qui compter. Pas d’amour non plus. Des conquêtes, des défaites, des prostituées, des énamourées, mais personne avec qui partager. J’ai tout sauf ce qui compte vraiment. Pourquoi, mais pourquoi, ne me suis-je pas fixé un autre but ?
– Frédérique Vianlatte (mars 2021)
SÉCHERESSE
Laisser pleurer
Les morts de son corps
Pour ne plus être
Noyé par les larmes
Qui ne coulent plus
– Frédérique Vianlatte (mars 2021)
SEIN VALENTIN
Il était beau. Il était le sein droit d’une femme gauche. Il s’en foutait, il ne faisait pas de politique ! Mais quand une balle perdue de la police maladroite le toucha, il hurla de douleur et elle passa l’arme à gauche.
– Frédérique Vianlatte (Mars 2020)
SONNERIES
Big Ben
Bon sang
Betty
Nous avons
Baisé
A Big Ben
Big Ben
Bon Sang
Benny
Ce n’était rien
Demain
Big bang
A Bali
– Frédérique Vianlatte (Février 2021)
Immoral
Ils se sont rencontrés dans un club libertin. Elle avait perdu ses bas, il ne retrouvait plus son haut. Il l’a prise sans bas, elle grimpa tout en haut. Mais comme il pleurait tout bas, elle lui enleva le bas, il lui ôta le haut. Il se fit bonobo, elle en fut baba. Pour la première fois, il y eut une seconde fois. Puis une autre. Puis une autre. Ils ne se séparèrent plus, abandonnèrent conjoints et enfants. Ils vécurent très heureux et prirent beaucoup de temps à mourir de plaisir.
Frédérique Vianlatte extrait du recueil de nouvelles « Communiquons », non publié.
Sans toi
Je ne suis qu’une vague
Je ne suis qu’une lame
Un vague vague à l’âme
Sans vague et sans âme
Frédérique Vianlatte (Mars 2009)
Nezance
Une fleur violette nageait dans les yeux bleus d’un vieux volet. Ce dernier détestait les épinards, alors il ne mangeait pas de poissons rouges. Il était père et maire, mais son imper n’avait jamais vu la mer. Ses enfants, sa femme, son chien, son cor au pied l’avait quitté. Il était désormais le seul habitant de sa commune. La solitude, pensa-t-il soudain, c’est comme un film sans image ou un café au lait sans café : inexorablement con! Cette pensée le fit sortir de ces gonds et il alla se disloquer 10 mètres plus bas, au pied de cette ruine qui jadis avait été un château. Libérée, la fleur violette quitta les yeux du vieux volet et s’envola gracieusement dans les cieux : le rhinocéros était né!
– Frédérique Vianlatte (Mai 2002)
FUMONS UN PÉTARD LE 14 JUILLET
Les pétards, ça fait du bruit, ça pue, c’est con. Plutôt que nous lancer à la gueule des ersatz de bâton de dynamite, célébrons notre nation le joint à la main. Le pétard est doux, pacifique, il sent bon. Offrons un joint à notre prochain. Ce n’est pas bon pour la santé, mais putain que c’est bon pour le moral ! Prolongeons le feu d’artifice par un peu de paradis artificiel avant de mélanger nos fesses. Avec le joint, je me réjouis, tu me rejoints et nous jouissons.
– Frédérique Vianlatte (extrait de « Pour résister au capitalisme faisons la sieste », L’Harmattan)
CARREFOUR
C‘était un homme qui aimait les femmes. C’était une femme qui aimait les hommes. Ils se sont croisés, reniflés, entremêlés. Ils se sont aimés. Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ! Puis ils se sont lassés, déchirés, détestés. Un peu, beaucoup, passionnément à la folie. Elle n’ a plus aimé aucun homme. Il n’a plus aimé aucune femme. C’est un homme qui aime les hommes. C’est une femme qui aime les femmes.
– Frédérique Vianlatte (Mars 2011)
Autrefois
Oui, je me souviens. C’était aux temps anciens, aux temps où le temps n’était pas compté où l’amour n’était pas une marchandise où l’homme n’était pas esclave de la machine. Un temps où les saisons étaient réglées comme du papier à musique. Un temps où le climat n’était pas une menace, l’autre un danger, la démocratie une utopie. Un temps où l’on pouvait encore croire au futur, un temps où le passé n’était pas une légende. C’était l’époque où le numérique n’avait pas encore tué l’utopie.
– Frédérique Vianlatte (Juillet, 2020)
Immoral
Ils se sont rencontrés dans un club libertin. Elle avait perdu ses bas, il ne retrouvait plus son haut. Il l’a prise sans bas, elle grimpa tout en haut. Mais comme il pleurait tout bas, elle lui enleva le bas, il lui ôta le haut. Il se fit bonobo, elle en fut baba. Pour la première fois, il y eut une seconde fois. Puis une autre. Puis une autre. Ils ne se séparèrent plus, abandonnèrent conjoints et enfants. Ils vécurent très heureux et prirent beaucoup de temps à mourir de plaisir.
– Frédérique Vianlatte (Juin, 2020)
Pas une larme
C‘est l’été. Il fait chaud. Ils s’aiment sans maillot. C’est ton pote, c’est ma femme. Je les tue sans sanglot.
– Frédérique Vianlatte (Mai, 2020)
Permis des sens
Sans peur et sans reproche
Tu approches
Fière et nue
Tes sens uniques
Laissent
Mes sens interdits
– Frédérique Vianlatte (Avril 2020)